‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 73 sur 94 · CHAPITRE SEPTIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. I

Daignez agréer aussi l'expression de mes plus sincères condoléances.

Votre serviteur tout dévoué en J.-C.

JUST. DE BAERT, Missionnaire à Mpala (Haut-Congo).

Lettre du R. P. Marquez, pro-vicaire apostolique du Tanganika.

Kibajiga, le 3o mai 1892.

Monsieur et Madame Vrithoff,

Vous aurez déjà appris par d'autres la grande épreuve que le bon Dieu avait jugé à propos de vous imposer, pour vous donner l'occasion de Lui prouver votre amour pour Lui !

Moi qui ai pu voir par moi-même combien vous aimiez ce cher fils, je puis me faire une idée moins imparfaite des déchirements que vous aura causés la terrible nouvelle ! Oh ! oui, chers Parents, pleurez : Notre-Seigneur pleura Lui-même sur la tombe de Lazare, et Marie pleura au pied de la Croix.

Je l'ai pleuré aussi, ce fils, avec qui j étais moi-même déjà lié à tant de titres ; car j'avais compris la mission dont Dieu m'avait chargé auprès de lui par votre entremise. Madame, et je savais à quoi la reconnaissance m'obligeait envers lui depuis que j'avais vu avec quel généreux dévoûment il était venu ici, pour nous protéger et pour sauver nos pauvres noirs...

Aussitôt que M. le Commandant m'eut annoncé la triste nouvelle, je me suis empressé d'offrir au Seigneur le divin sacrifice pour le repos de l'âme de notre cher défiant. Les bons sentiments dont je l'ai vu animé, le noble motif qui l'avait inspiré lorsqu'il se dévoua pour nos pauvres noirs, les exemples de vertus qu'il avait constamment sous les yeux dans la société du pieux capitaine Joubert, tout me donne la ferme es-

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pérance qu'il jouit déjà de cette récompense que Dieu a promise à ceux qui quitteraient pour Lui leur père, leur mère, leurs frères et leurs sœurs. Et s'il lui restait encore de légères fautes à expier en Purgatoire, nous unirons nos prières pour lui ouvrir plus tôt les portes du Ciel où Dieu l'attend Lui-même si ardemment !

Première victime de cette Jioble cause antiesclavagiste, puisse votre fils, par le sacrifice de sa vie qu'il a eu le premier le bonheur de faire, apaiser la colère divine qui semble peser sur ces peuples !

Puisse cette mort, loin de décourager ceux qui se sentent le désir de se dévouer pour leurs frères, les enflammer davantage encore !

Voilà ce qui nous attend, nous tous qui venons ici nous donner aux pauvres noirs : le sacrifice même de la vie ! Cette perspective n'effraiera point ceux-là, si nombreux dans notre Belgique, qui brûlent du désir de venir briser les chaînes aux victimes de l'esclavage !

Quand nous apprenons que l'un des nôtres tombe nous soupirons avec une sainte envie : « Oh ! quand donc sera-ce à moi ? » Car, voyez-vous, chers Parents (et vous comprendrez cela, vous qui avez donné à votre fils, avec la vie, cette générosité qui doit 'être chez vous un héritage de famille), c'est pour nous donner que nous sommes venus, et c'est en nous donnant que nous obtiendrons de Dieu le triomphe de la cause qui est la sienne, et que nous sommes venus défendre !

Courage donc, chers Parents ! cette pauvre vie est bien courte: au Ciel nous le reverrons, au Ciel où certainement l'auront conduit les sages conseils de son père et la pieuse éducation que lui donna sa mère.

Daignez agréer, Monsieur et Madame, l'assurance du secours de mes prières, bien faibles, hélas ! et l'expression de mon plus tendre attachement en J.-C.

LÉON Marquez, Pro-vicaire apostolique du Haut-Congo.

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