ÉPILOGUE
Suite de la guerre antiesclavagiste.
Les Européens autour du Tanganika. — Deux lettres du capitaine Jacques. — Son entrevue avec Rumaliza, à Oudjiji. — Perfidie des Arabes. — Attaque imprévue du 5 avril, malgré l'armistice. — Les Arabes sont repoussés. — Leurs cruautés.
— Détresse des Pères de Kibanga. — Nouvelle attaque d'Albertville. — Siège du borna ennemi. — Arrivée de Delcommune. — Insuccès du siège. — Demande de secours.
Appel de la Société antiesclavagiste. — Souscription nationale.
— Encouragement de Léon XI IL — Mort du cardinal Lavigerie.
A mort glorieuse d'Alexis Vrithoff privait les capitaines Jacques et Joubert d'un compagnon qui s'était rendu précieux par son dévouement actif et son courage à toute épreuve.
Cette perte était d'autant plus sensible qu'une période d'hostilité allait être ouverte par le traître Rumaliza, chef des Arabes de la région du Tanganika.
En effet, ainsi qu'on le verra par les lettres suivantes, au moment où le capitaine Jacques était allé lui-même négocier la paix à Oudjiji avec ce chef arabe, celui-ci, tout en promettant l'armistice, faisait attaquer le village de Mouny, près d'Albertville, par ses émissaires, et c'est dans ce premier combat du 5 avril que périt notre jeune héros. - ■
On n'était là qu'au début des difficultés.
Plusieurs tentatives se renouvelèrent dans le courant de l'année 1892, jusqu'au jour où les Arabes réussirent à établir un fort (ou boma) à 2 kilomètres de la forteresse même d'Albertville, défendue par le capitaine Jacques.
Les Européens s'y trouvent pour ainsi dire assiégés, bien qu'il leur soit encore possible de se ravitailler et de battre en retraite par le sud du lac Tanganika. Mais que deviendraient alors les missions et les malheureux noirs qui se sont établis sous leur protection ?
l6o ALEXIS VRITHOFF.
D'après un rapport officiel adressé par le capitaine Jacques lui-même, voici la
Liste des 25 Européens se trouvant dans la région du Tanganika en mars 1892 :
Sur le territoire de l'État, â Lavigerieville (Kibanga) : Père Moinet ( Français), P. Marquez (Belge, pro-vicaire), P. Engels, F. François, F. Eugène ( tous trois Belges), F. Gustave (Suisse).
A Albertville : capitaine Jacques, sous-lieutenant Renier, sergents Docquier et Vrithofï( tous quatre Belges). A Mpala : P. Guillemé (Français), P. de Baert et F. Arcade (Belges).
A Baudoiiinville (Mirumbi) : P. Roclens, P. Herrebaut, F. Stanislas ( tous trois Belges), capitaine Jonbert, (Français naturalisé Congolais).
Sur la rive allemande: à Karéma: Mgr Lechaptois ( vicaire apostolique du Tanganika), P. Randabel, F. Justin (tous trois Français), P. Dupont (Belge), F. Jérôme (Allemand), F. Gérard (Hollandais).
Au SUD DE LA baie DE HORE : M. Schwann (de \\ London Missionary Society).
A Kituta (fort Abercorn) : 2 agents de la South African G", mission écossaise protestante.
Ces 2 5 Européens représentent uniquement l'œuvre des A/m'/o7zs chrétiennes. L'œuvre antiesclavagiste, qui les soutient militairement, n'est elle-même soutenue que par les dons volontaires des fidèles d'Europe.
On peut évaluer à i 5 ,000 ou 20,000 le nombre des indigènes évangélisés, souvent rachetés, parles missionnaires; ils se sont volontairement établis dans des villages groupés autour des stations, et ils y vivraient en paix, si la haine des sectaires musulmans ne cherchait la perte de ces noyaux de chrétientés destinées à régénérer l'-^frique centrale.
Telle est la situation au moment où le capitaine Jacques nous relate les faits émouvants que nos lecteurs apprendront avec intérêt.