‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 80 sur 94 · CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE

Ce dernier argument m'ayant paru concluant et étant resté sans réponse, j'ai poursuivi le but de ma visite. J'ai dit que j'étais chargé d'administrer le district du Tanganika conformément aux lois de l'État. Aux Falls et partout ailleurs dans l'État, les Arabes vivent en bonne intelligence avec les Européens. J'espère qu'il en sera de même ici. J'ai encore protesté de la nature pacifique de mon occupation et de mon désir sincère de vivre en paix avec tout le monde. Eux aussi, ont-ils dit, désirent la paix avec le blanc. A cela j'ai répondu que je ne doutais nullement de la sincérité de leur assertion, mais que, si eux, chefs, respectaient les blancs et les villages couverts par le drapeau de l'État, il n'en était pas de même de leurs nyamparas, contre lesquels je n'avais encore reçu que des plaintes jusqu'à ce jour. Rumaliza a reconnu qu'effectivement quelques-uns de ses nyamparas n'étaient pas absolument corrects, mais qu'il n'en était pas maître comme il voudrait. En attendant, c'est lui qui leur fournit les moyens d'action et leur donne des ordres. Il a ajouté qu'il allait encore les rappeler à leurs devoirs et que s'il n'était pas obéi il me préviendrait et que... nous unirions nos forces pour les soumettre,

J'ai dCi me cohtenter de cette réponse perfide.

Une seule réflexion à méditer par ceux qui persistent à affirmer que l'on peut entièrement s'abandonner à la bonne foi des Arabes: c'était précisément le jour même où avait lieu ce pacifique schaouri, que les bandes que Rumaliza avait fait venir du Manyéma commençaient leurs exploits dans nos environs. S'ils avaient été sincères, ils auraient pu me prévenir de ce qui m'attendait à mon retour, — et en présence de mes déclarations et de leurs protestations ils auraient pu... décommander les violons. Ou bien, plus simplement, ils auraient bien pu me prévenir et regretter d'avoir été si vite en besogne. Mais ils s'en sont bien gardés, les coquins : ils se croyaient trop sûrs du succès et espéraient bien que je ne reverrais pas Albertville.

Retour. — Le lendemain de ma visite à Rumaliza, — bien que le vent fût contraire, — j'ai levé l'ancre vers midi ; j'avais hâte de quitter cet endroit inhospitalier et

malsain. L'attitude agressive des habitants m'avait contraint de retenir mes hommes à la rive pour éviter toute occasion de conflit, si je leur avais permis d'aller au marché.

Vous connaissez déjà les événements qui ont suivi le combat du 5, à la Lukuga. Les pertes infligées à l'ennemi dans cette sanglante rencontre, et la mort de son général en chef Kalonda ont déterminé la retraite provisoire des esclavagistes.

Perfidie arabe. — Maintenant vous possédez les éléments nécessaires pour comprendre mon récit, et je continue l'exposé des faits.

Il y a quatre mois que j'attends le fameux Bwana N'Sée, l'émissaire que Rumaliza devait me dépêcher pour négocier la paix et, comme sœur Anne, je ne vois toujoursrien venir. Seulement nous ne sommes plus dans les mêmes conditions qu'il y a quatre mois; car, ainsi qu'il était à prévoir (la force de l'habitude sans doute !), les Arabes m'ont manqué de parole et ils ont continué les hostilités. Ils savent bien que les blancs sont fidèles à leurs engagements et ils se sont servis du missionnaire anglais (M.Schwann) pour obtenir de moi la certitude que je suspendrais les hostilités. Il s'agissait simplement pour eux de gagner du temps, de se reconnaître un peu, de s'orienter, d'opérer leurs concentrations et de reprendre, sans crier gare, les opérations commencées.

Ils ont débuté par le pillage et l'incendie des derniers villages qui existaient encore de la mission de Kibanga, et dont les chefs sont venus me saluer lors de mon voyage dans le nord du lac. Leurs exploits se sont arrêtés juste à la limite des terrains concédés à la Mission. Pas une âme na échappé à ce coup de filet.

Ceux qui n'ont pas été massacrés ont été capturés et conduits à Udjiji. Ceci se passait au commencement de mai. Dans le courant du même mois, les gens de Simba, dans rUgoma, reçoivent la visite d'Ulédi, brigand déjà cité, qui a son quartier général dans les environs de Karomwé. Ulédi installe un boma dans la résidence même de Simba,contraint à se réfugier dans ses montagnes.

En même temps une bande plus nombreuse que celle

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