CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE
du mois précédent fait son apparition à Mtowa et dans les environs de la Lukuga, faisant une nouvelle rafle d'esclaves. Les canailles construisent des bornas dans les environs de l'ancienne position de Mouny et près de Mtowa, et nous provoquent à la lutte. Mais Je dois me borner à rester sur la défensive, et il me faut prendre des mesures pour parer à la cuisante famine qui se prépare.
La famine. — La plaine d'Albertville est subdivisée en lopins que je fais répartir entre les différents villages réfugiés sous nos murs. Je distribue des houes, et des épis de maïs pour ensemencer ; en se mettant à l'œuvre sans retard, on pourrait encore avoir une récolte avant la sécheresse.
Il me faut beaucoup de bras pour les travaux qui sont en voie d'exécution à Albertville, et j'ai créé une .monnaie en papier, subdivisionnaire de l'upandé (brasse d'étoffe) ; elle représente la valeur d'une journée de travail, de sorte que ceux qui le veulent peuvent gagner de quoi s'acheter des vivres.
Mais les vivres sont rarissimes dans nos environs immédiats.
Je ne veux pas vous attrister par la narration des misères qui s'étalent Journellement sous les yeux : deux exemples vous en donneront un aperçu.
De pauvres mères, d'une maigreur cadavérique, viennent en oscillant sous le poids pourtant insignifiant du petit fantôme qu'elles tiennent sur leurs poitrines décharnées, et par une mimique expressive, implorent une poignée de nourriture qui leur permette d'allaiter, ne fût-ce qu'une fois, leur petit. — D'autres infortunés sont étendus de tout leur long, ou adossés à leurs huttes, les yeux caves et brillants du feu qui les consume, les pommettes saillantes faisant mieux ressortir l'absence de joues et le prognathisme de leur face. Incapables de faire un mouvement, et leur organisme, trop détraqué pour supporter encore un aliment que nous voudrions leur donner, ils attendent que la mort les délivre d'une existence dont la moindre Jouissance a été souvent bannie.
C'est navrant, n'est-ce pas ? Et dire que c'est là l'œuvre
de Rumaliza et C'^ ces bons Arabes, qui se gardent bien de faire des razzias ou de molester les pauvres nègres ! ! !
Je continue l'exposé des laits.
Tandis que nous nous débattons de notre mieux pour repousser les assauts de la faim, nous prenons les mesures nécessaires pour recevoir, comme il le mérite, l'assaut dont les Wagwanas nous menacent.
Durant le mois de juin, nous avons fait des briques, et maintenant, nous maçonnons avecune activité fiévreuse, et si nous n'avons pas de mécomptes, pour les premiers jours de septembre, le manteau de bois de notre fort tombera, mettant à nu les murs crénelés, solides, et d'une hauteur déconcertante, qui constitueront l'Albertville définitif.
Bravade. — Au commencement de juillet, nos ennemis relâchent un des prisonniers qu'ils ont faits près de la Lukuga ; un pauvre vieux, n'ayant pas grande valeur sur le m.arché, qui arrive encore tout tremblant et meurtri de la vigoureuse bastonnade qu'il a reçue avant d'être libéré, et me transmet le message dont ils l'ont chargé : une balle en cuivfe de fort calibre, admirablement martelée, et un é^i de mais symbolisant la paix et la guerre.
Si je veux payer grassement, renvoyer les wachenzies et quitter ma position, ce sera la paix ! ! !
Sinon, il y a des balles prêtes pour nous.
Quels voisins conciliants, n'est-ce pas ?
Il n'y avait rien à répondre à cette bravade. Comme nous manquons précisément de projectiles pour nos fusils à capsules, j'ai mis religieusement de côté le spécimen de balle qu'ils m'ont envoyé, et, ce jour-là, nos murs se sont élevés de deux briques.
Le 5 juillet, un prisonnier, qui est parvenu à s'évader, me rapporte que les Wangwanas se flattent d'avoir tué quatre blancs vers Kassongo [^) et qu'ils nous tueront
I. Vraisemblablement Hodister et ses compagnons, formant une expé^ dition commerciale, qui fut massacrée par les Arabes sur les rives du haut Congo, à l'ouest du Tanganikn.