CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE
bientôt aussi, car, si nous ne les attaquons pas, c'est que nous ne devons pas être bien forts ; et si endéans les quatre jours, nous ne nous sommes pas mis en route, eux viendront porter la guerre chez nous. ' Une nouvelle attaque. — Dans la nuit du ig juillet, je suis prévenu que les Wangwanas (^) ont traversé en masse la Lukuga et ont pris le chemin de l'intérieur, qui conduit derrière chez nous. Nous serons attaqués demain.
Je fais immédiatement prévenir Kataki et Tambw^a, les chefs des deux villages les plus exposés, afin qu'ils se tiennent sur leurs gardes.
Au point du jour, les wachenzies sont aux portes de notre boma, mais bientôt le soleil est levé, l'heure des surprises est passée, rien d'anormal n'est signalé. Fausse perte ! dit-on aussitôt ; les natifs reprennent le chemin de leurs huttes et nous nous remettons au travail comme d'habitude. A cinq heures et demie du soir, quelques coups de feu se font entendre du côté de chez Tambwa et Kataki : — les Wangwanas ! les Wangri^anas ! et on pourt aux armes.
De partout, les pauvres noirs affolés accourent avec ce qu'ils ont pu emporter dans leur hâte de fuir et s'engouffrent dans notre boma, bientôt trop étroit pour les contenir ; en même temps, les flammes s'élèvent du village de Kataki où l'attaque a eu lieu, et qui n'est distant du poste que de 2 kilomètres.
Mais la nuit descend, l'ennemi n'a fait que passer rapidement, sans nous donner le temps d'intervenir. Son coup a réussi. Il est tombé à l'improviste au milieu du village après avoir tué quelques hommes ; la panique s'est emparée des pauvres nègres au premier coup de fusil, et les brigands ont pu faire quelques captures, avec lesquelles ils se sont éloignés au pas de course ; ayant distinctement entendu les tambours du poste et les cris de mes hommes se livrant à une fantasia étourdissante, ils se sont crus poursuivis, et quelques-uns, afin de dé-
I. On appelle IVa/ign'anas les gens de sac et de corde que les Arabes enrôlent à la côte de Zanzibar, pour faire leurs razzias dans l'intérieur du pays.
l68 ALEXIS VRITHOFF.
taler plus à l'aise, ont hâtivement assassiné les captures qu'ils venaient de faire.
Pendant trois ou quatre jours, les infortunés' noirs sont entassés dans notre cour, en proie aux plus vives inquiétudes. Ils se décident à abandonner leurs village?, qui sont trop éloignés, et reconstruisent leurs cases tout contre notre borna. Là, du moins, quelle que soit l'heure à laquelle l'ennemi se présentera, nous arriverons à temps pour le bien accueillir.
Quelques jours après, la même scène se représente chez Tambwa, mais l'éloignement et la force du vent contraire nous ont empêchés d'entendre la fusillade, et nous n'avons eu connaissance du coup que quand il a été fait.
Chez Tambwa, il y avait quelques cultures de maïs presque arrivé à maturité : tout a été culbuté, anéanti. Vous concevrez aisément la consternation qui règne dans notre voisinage.
Le 3o, dans la nuit, je suis prévenu que les audacieux brigands, que les Arabes ont déchaînés contre nous, sont postés au village de Kaniéra, dissimulé dans un bouquet d'arbres, qui n'est qu'à une portée de fusil. Ils nous croient sans doute bien faibles et ils attribuent à la peur notre silence après les hauts faits qu'ils accumulent depuis un mois, et ils viennent nous braver jusqu'à nos portes. Ils se disposent sans doute à venir mettre le feu la nuit aux cases des indigènes et profiter du tumulte inévitable qui s'ensuivrait pour faire leur mauvais coup.
Tandis que nous sommes occupés à envelopper d'un cordon de sentinelles les villages qui nous environnent, les indigènes, non prévenus, nous surprennent et répandant l'alarme par leur méprise, jettent la panique dans toute l'agglomération. L'ennemi a entendu les r.-is et le tohu-bohu de cette alerte : il ne pourra rien surprendre, et se retire avant le lever du soleil.
Cette fois la mesure est comble ! Voilà plus d'un mois que nous ne pouvons plus nous livrer au sommeil, et Dieu sait quand ces alertes prendront fin. Maintenant, j'envoie de jour à autre des patrouilles qui fouillent le