‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 86 sur 94 · CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. ÉPILOGUE. I

l'après-midi, nous apercevons des voiles à l'horizon ; ce sont les renforts qui nous arrivent, et quelle n'est pas notre Joie quand nous voyons débarquer, avec le capitaine /oz/^er?, le commandant de l'expédition du Katanga M. Delcommiine (i), et deux de ses adjoints, l'ingénieur Diderich (2) et le sergent Cassart.

Nos compatriotes ont dans leur programme l'exploration de la contrée troublée que nous occupons . la Providence les amène juste à ce point àe, leur itinéraire et dans les circonstances que vous savez. Apprenant le péril où nous sommes, d'un élan généreux et spontané, ces braves m'apportent l'inestimable concours de leurs personnes.

Le 25, dans la soirée, je renvoie les barques prendre, chez Rutuku, 200 hommes du capitaine qui ont gagné ce point par la voie de terre. Le 26, la concentration de nos forces est terminée. J'ai près de 2 5o hommes dont les deux tiers sont armés de fusils à cartouches. Mon plan d'attaque est dressé et l'assaut décidé pour le lendemain.

Attaque du boma ennemi. Insuccès. — M. Delcommune avec quelques bons tireurs, doit assurer la défense du fort. Le capitaine Joubert, secondé par M, Diderich avec i5o hommes, doit entamer l'action et attirer l'ennemi de son côté, tandis que moi-même, avec mes adjoints et le sergent Cassart, ayant contourné la position,

1. M. Alexandre Delcommune, né en 1855, à Namur, est le vétéran des explorateurs belges en Afrique, où il a rempli divers postes depuis 1872. En 1891, il remonte le Lomami, parvient aux sources du Lualaba, découvre le lac Kasali et arrive sur le Tanganika, juste à temps pour secourir le capitaine Jacques. Il se propose de revenir vers l'ouest par le lac Landji et le haut Congo.

2. Norbert Diderich, né en 1867, à Vielsalm, est un élève du pensionnat de Carlsbourg, dirigé, comme Malonne, par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Il y fit ses classes professionnelles de 1&80 à 1885 ( en même temps que deux des frères du capitaine Jacques), puis entra à l'Université de Louvain, d'où il sortit en 1889 avec le diplôme d'ingénieur civil et des mines. Rentré à Carlsbourg en qualité de professeur de géologie à la section agricole, il partit en 1890 pour l'Afrique comme adjoint de M. Delcommune, et chargé de faire la géologie des contrées parcourues. Arrivé au Tanganika, il fut heureux de rencontrer et de secourir son compatriote, le capitaine Jacques, qui rend à sa valeur le plus bel hommage : Norbert, écrit-il, s'est battu vaillam- 7nent à mes côtés, et je suis heureux de pouvoir crier bien haut : C est un brave!))

(Note de la deuxième édition). Aujourd'hui (1894), M. Diderich est promu par l'Etat congolais à la direction dî l'industrie et de l'agriculture au Congo,

nous comptons nous jeter sur le borna dégarni d'une partie de ses défenseurs.

Au petit Jour, chacun était à son poste, et un peu jv?nt six heures l'action commençait. L'ennemi s'est tenu piademment dans les tranchées profondes, creusées imxûédiatement derrière de solides palissades, où il était presque entièrement à l'abri de notre vue et -de nos coups. De tous les côtés, nos hommes se sont résolument rués sur cette haie meurtrière sans parvenir à l'ébranler. L'occupant était fort et abondamment pourvu de cartouches, de balles et de poudre.

Nous l'avons cerné douze heures, mais à la tombée du jour, alors même que les défenseurs, qui devaient être épuisés au moins autant que nous, et presque à court de munitions, cherchaient une issue pour gagner les champs, un coup malheureux blessant un de mes iiyamparas Jette la panique dans les rangs de nos soldats, dont beaucoup voyaient le feu pour la première fois. Tous nos efforts pour les retenir sont stériles, ils restent sourds à nos appels et presque tous, abandonnant la partie, regagnent le poste dans une fuite désordonnée.

Le brave Joubert est parvenu à retenir près de lui une poignée de fidèles. De notre côté, nous avons un noyau d'hommes résolus ; mais les cartouches manquent, et nous sommes bientôt contraints d'abandonner à notre tour le théâtre de l'action. C'est le cœur serré que nous regagnons Albertville.

L'ennemi ne s'est pas rendu immédiatement compte de notre mouvement de retraite, de sorte que nous n'avons eu qu'à nous garer des coups de nos propres hommes qui, affolés et sans voir, brûlaient leurs dernières cartouches.

Tous les Européens, sans exception, se sont admirablement comportés, et je me plais à rendre ici un public hommage au courage, au sangfroid et à la fermeté qu'ils ont montrés dans cette dure journée. Je n'aurai jamais de meilleurs auxiliaires. Il n'en est malheureusement pas de même de nos askaris. Soldats d'un jour et ne brillant pas toujours précisément par la bravoure, ils se groupent souvent autour d'un chef de file reconnu comme plus ou

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