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IV. - L’INTERPRÉTATION

Il s’agit maintenant d'interpréter les faits observés. Le contrôle se fait par la répétition de l'expérience ou la multiplicité des observations. L'interprétation, elle, se réalise par l’'introspection, sous les formes étudiées ci-dessus.

Dans ses premiers tests de « L’Année Psychotogique » ou du « Bulletin » de sa Société, Binet interroge soigneusement ses sujets avant, pendant, et après l'expérience, selon un plan bien net, mais qui peut toujours être modifié ou complété au besoin. Il fait même une véritable coulpe (An. Psych. IX, 144) pour s’excuser et expliquer une erreur d'interprétation qu’il avait commise, l’année précédente. Par là il nous donne un bel exemple de haut caractère et de probité scientifique.

Il préfère même, au test ordinaire, vers la fin de sa vie, le récit spontané de l'enfant que celui-ci rédige tout à Son aise, en réponse à un questionnaire précis. Dans le tome XI et à la page 129 de l'Année Psychologique, il remarque, en effet, que l’interrogatoire est souvent dangereux comme une arme à deux tranchants. Il est des questions qui, par leur forme même et à notre insu, sont « de formidables machines à suggestion ». Cette question importante nous est déjà familière : il est donc inutile d’insister. L'idéal serait, pour éviter toute suggestion qui vient fausser l'expérience, de n'observer que des faits spontanés, non provoqués ou conditionnés par une influence quelconque 'de l'observateur. Voilà pourquoi Binet en vient à préférer le questionnaire commun et imprimé dont nous venons de parler. Il faut le faire toutes les fois que cela nous est possible et surtout lorsque le sujet ne se croit pas surveillé : pendant les récréations notamment pour les écoliers, dans l’abandon

124 ALFRED BINET de la vie familiale pour tous les enfants, ou d’une conversation pour les adultes.

Alfred Binet avait remarqué, en effet, de très bonne heure, alors qu’il travaillait encore à la Salpétrière, qu'il obtenait de meilleurs résultats, pour le même sujet, avec le somnambulisme spontané qu'avec celui qu’it provoquait, Nous croyons pouvoir expliquer cela en disant que toute suggestion étrangère ou hypnotique conditionne le subconscient du sujet et gêne, par conséquent, les manifestations les plus profondes et les plus élémentaires de sa personnalité.

Ce n’est pas toujours facile ni même possible d’agir ainsi, On ne peut pas attendre indéfiniment l’heureux hasard. Il faut donc souvent amener ou provoquer une expérience, ne serait-ce que pour compléter et contrôler une observation spontanée. Mais il faut le faire habilement, user même de ruse afin d'éviter linfluence dérivante de la suggestion. Alors on réussit fort bien. « L'’expérimentation qui est, à tant de titres, inférieure a l'observation des faits spontanés, présente cependant un grand avantage; multipliant et variant à l'infini les conditions de l'observation, elle permet de considérer un fait sous un grand nombre de faces et elle fait parfois surgir des phénomènes nouveaux qu’une observation passive aurait vainement attendus » (Les alt. de la pers. 75). Agissons de manière que, dans le test imposé, le sujet fasse preuve de franchise, de confiance, de spontanéité et soit identique, le plus possible, à son moi constant, grâce à toutes les précautions que nous venons de signaler. Cette considération capitale est encore une découverte indéniable de Binet.

La nécessité de l’interprétation, comme le souci de ce que nous nous permetions de nommer « l’investigation expérimentale » qui dépasse et prépare les voies de l’induction, sont d'égale valeur; elles procèdent de l'esprit de finesse qui caractérise notre auteur et sans lequel toute recherche psychologique est impossible,

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