ALFRED BINET ) CHA
Analyse critique de la théorie de Lange
Il est utile maintenant d'analyser méthodiquement ce problème de l'attention et d’en retracer succinctement l'historique, d’après Alfred. Binet. L
Dès 1894, année particulièrement féconde pour lui. il consacre plusieurs pages de L’Année Psychologique (379 ét suiv.) dans la critique bibliographique, à la théorie de l'attention du philosophe danois Lange. Depuis Saint Augustin et les néoplatoniciens jusqu’à Wundt, sans oublier Ribot ni Baldwin, ni l'essai psychométr:que d’Herbart, c'est la trente-huitième. Et la question n’est pas encore épuisée ! Résumons brièvement la these de Lange car elle est restée classique et renferme des, suggestions fécondes. L’attention, selon lui, et d’après les études antérieures, peut être considérée comme :
1° Le résultat d’une adaptation motrice;
2° La limitation du champ de la conscience;
3° Le sentiment lié à certaines représentations : donc l'intérêt;
4° Le résultat de la perception;
5° Le résultat de l'augmentation de l’excitabilité de certaines portions des centres nerveux;
6° Une faculté intellectuelle primitive et active;
7° Une faculté de discernement;
8° Le résultat d’une inhibition nerveuse.
Voilà donc 8 postulats qui résument 38 théories. On peut les réduire encore car on voit vite que 1 et 5, comme 2 et 8, se confondent. L’analyse personnelle de Lange qui suit cet inventaire du passé, montre, au point de vue biologique, « une réaction de l'organisme qui permet d'améliorer spontanément les conditions d: la perception ». Elle est donc conforme, dans ses grandes lignes, avec ce que nous savons, grâce à Binet, de la perception conditionnée. Il faut considérer trois moments :
1° Une certaine perception;
2° La réaction qui améliore les conditions de cette perception;
3° La perception améliorée.
Lange n'oublie qu'une chose, mais capitale, Ce qui distingue précisément la perception proprement dite ou, pour parler plus scientifiquement, le percept, c'est l'attention. Je peux sentir en rêvant ou sous le chlorcforme; mais pour ma conscience, ce n’est rien. Il faut que je sois attentif pour vraiment sentir et percevoir. Lange devrait donc partir de la sensation et d’elle seule. comme le sage La Mettrie, pour l'étude de la perception consciente, du moins; car il peut parfois exister des pérceptions subconscientes qui s’amalgament ensuite au conscient et à notre insu (réminiscence, paramnésie).
Il est conduit ensuite à analyser les différents moyens d'amélioration spontanée des conditions de la perception et des modifications apportées. Grosse lacune : ces moyens impliquent nécessairement l'inhibition délimitative qui n’est pas nommée. Si l’attention est une réaction de l'organisme, nous devons trouver trois formes :
a) L’attention (vague et à l’état statique de potentiel);
b) L’attention instinctive (curiosité, étonnement);
c) Enfin, l'attention volontaire.
Cette analyse de Lange est donc plus complète que celle de Ribot et de Nayrac qui distinguent simplement deux formes : attention spontanée et volontaire, La première serait un potentiel subconscient et la seconde, une modalité consciente. Ce potentiel subconscient peut présenter deux aspects qui nous ramènent toujours, par des voies différentes, à ce dualisme intellectuel que nous avons étudié plus haut et que Binet a largement contribué à découvrir : « l'imagerie » d’abord, le « schématisme » ensuite.
Le reste de la théorie de Lange se rattache moins étroitement à notre œuvre et nous passerons vite. Notons cependant l'hypothèse de l’aperception qui est bien mise en valeur, Elle était chère à Herbart. L'image de
l'objet de l'attention, vu d'avance, coïncide avec la représentation réelle. Ce serait cette coïncidence, cette juxtaposition ou fusion mentale, qui augmenterait l'intensité de représentation de l’image. On peut concevoir aussi l’aperception sous une forme dynamique plus nette, analogue à la justification de William James basée sur les découvertes récentes de l’histologie nerveuse et de la physico-chimie et conforme aux théories précédentes sur la direction : une voie nerveuse déjà parcourue par un influx nerveux et anastomosée à cet effet une première fois, transmet plus facilement, dans la suite, une sensation de même intensité ou qualité. Elle peut donc permettre une réaction cérébrale plus rapide ou plus puissante, toutes choses égales par ailleurs.
Le rôle des souvenirs, des images, des schèmes aussi (et, par eux, dela « direction » de la perception-base) paraît donc essentiel dans les phénomènes d'attention. C'est ce qui expliquerait, à ce point de vue, l’infériorité des enfants et des débiles mentaux. Dans « Le magnétisme animal », Binet constate qu'il n’a pu réussir à hypnotiser un idiot. Et, une fois de plus, la psychiâtrie éclaire la psychologie : « …L’attention paraît résumer l'action du moral sur le physique. La concentration de l’attention est la cause de l'isolement des sens, de l’abolition des mouvements musculaires, de l’établissement des relations du somnambule avec son endormeur, de la catalepsie. L’afflux de l'attention vers les appareils sensoriels augmente leur pouvoir de perception. » C’est bien, en somme, la même conception qu'exprime M. Delacroix qui écrit : « L’attention (est) une concentration à laquelle prennent part tous les organes nécessaires » (1),
Nous voyons donc bien là l’existence des deux phénomènes concomitants, également indispensables : in-
(1) G. Dumas. Traité de Psych., II, 123,
hibition de tous les moyens de perception (ou de réflexion) sauf l'indispensable, et renforcement du potentiel de celui-ci : donc concentration et canalisation dynamique. C’est bien le moment de terminer cette étude de l’attention volontaire qui tient tant de place dans l’œuvre de Binet, et à juste titre, car toute l'éducation repose sur elle. Nous sommes obligés, pour cela, de revenir au chapitre XII, l’un des plus importants, de « L’Etude expérimentale de l'Intelligence ».
L’attention volontaire
Sans nommer Ribot, Binet fait la critique de son livre sur l'attention, du moins au point de vue expérimental : « Aussi doit-on, en psychologie individuelle, remettre les choses en place; quand on s'occupe d’attention, c’est surtout presque exclusivement d'attention volontaire qu’on doit parler » (232). Toute mesure de l'attention volontaire Se réduit donc à une mesure de l'effort d'adaptation. Ceci répond encore à ceux qui critiquent tout dans la psychométrie. Binet rappelle les tests qu’il a publiés dans le tome VI de L’Année Psychologique et auxquels il avait soumis ses deux fillettes que 18 mois séparent, fait à ne pas oublier, On a d’abord corrigé des épreuves et barré des lettres. Marguerite, l’aînée, à été supérieure à Armande, comme c'était à prévoir, car l'attention, d'après de nombreuses recherches (dont les nôtres) est plus acquise qu’innée. C'est une habitude d’esprit que les exercices sensoriels éveillent comme Maria Montessori l’a supérieurement démontré (« Pédagogie scientifique », IT-91 et s.) et que, seules, de bonnes méthodes scientifiques d'éducation . développent et fortifient normalement. En revanche, Marguerite a commis plus d'erreurs, pour un travail beaucoup plus considérable, parce qu’elle s'énerve fa-
cilement. C'ést là, du moins, l’explication de Binet. Acceptons-la, mais en ajoutant le rappel de son type psychique complet : cette jeune fille est une observatrice rapide et précise, trop rapide aussi et incapable d’un effort de méditation continu, excellente pour les images et médiocre en schématisme, done en élaboration subconsciente. Il nous semble qu'ainsi on la comprend mieux. D'une manière générale d’ailleurs, les types à compréhension rapide se fatiguent plus vite. Leur potentiel psychique paraît rapidement épuisé.
Dans la répétition immédiate des chiffres, Marguerite est nettement supérieure, comme dans cet autre test qui consiste à reproduire de mémoire un dessin montré pendant quelques secondes seulement : double confirmation de notre hypothèse précédente. Quant à la mesure du temps de réaction, elle provoque la constatation suivante qui juge assez exactement la psychologie par ses résultats :
« C’est avec un peu de mélancolie qu’un psychologue s'occupe aujourd’hui des temps de réaction, car cette recherche est une de celles qui ont le plus promis et le moins donné. Le nombre est immense des travaux qui ont été faits, surtout en Allemagne, sur les temps de réaction, et s’il fallait résumer la conclusion obtenue avec cet effort collectif et considérable, on le ferait tenir en quelques lignes » ea}. L'auteur fait justement remarquer ensuite que ces mesures, pour être significatives, doivent être mises en relation avec le caractère mental du sujet, précaution ignorée des psychophysiciens. Après expérience avec l'interrupteur d’Evald, il constate que les temps de réaction de Marguerite « sont sensiblement plus courts que ceux d'Armande ». Un graphique des moyennes, employé pour la première fois seulement et c'est regrettable, à la page 245, rend la comparaison lumineuse. On voit nettement que, par l'exercice, la différence des deux types s’accuse de plus en plus. Marguerite est non seulement plus rapide, mais
plus régulière et perfectible. Les mêmes résultats sont observés, après un nouveau test, la semaine suivante. Tout cela correspond bien à ce que nous avons appris déjà des deux sœurs : Marguerite est plus perceptive que méditative et réussit d'autant mieux dans le percept qu’elle se contente de ce percept sans réflexion personnelle ultérieure. Il semble donc que le conscient, dans le plan de l’actuel, puisse dépasser en développement, le subconscient qui nous donne le sens du passé et du moi.
Encore un correctif à la psychométrie trop exclusivement mathématique : « On voit que ces deux tests jettent beaucoup de lumière sur le caractère de ces deux enfants, mais c’est à la condition qu’on ne se borne pas à compter des chiffres et à calculer des moyennes » (251).
C'est dans cette voie que l’on doit œuvrer, croyonsnous, si l’on veut vraiment poursuivre, sinon achever car le but est encore probablement lointain, l’œuvre du, Maître que nous étudions. Voici comment il essayait de préciser l’état d'avancement de ce problème délicat, en 1903. dans le même livre : « La psychologie individuelle peut aujourd’hui faire une mesure de l'attention; mais c’est à la condition d'employer un ensemble de tests et d'interpréter tous les rénseignements fournis par l'attitude mentale des sujets, leurs réflexions et leurs réponses. Ce serait une erreur de croire qu'il existe une petite expérience matérielle permettant de mesurer rapidement l’attention comme on compte le pouls » (256).
Au fond, ce qui importe, c'est plutôt l'analyse complète de l’attention que sa mesure. Nous sommes de l'avis de Kostyleff.
* Fe * L'inhibition La recherche des bases physiologiques de l’inhibition,
— cette condition nécessaire sinon suffisante de l’attention, -— est intimement liée à l'étude de celle-ci. Déjà
TR
dans « Les Altérations de la personnalité », nous trouvons des observations importantes. Binet voit l’origine de l’inhibition alors dans la pensée « car penser, dit-il, c’est se retenir d'agir ». Certains faits d'hypnose observés par Bertrand, Bernheim, William James, moatrent que l’hallucination négative est un phénomène connexe à l’inhibition: Binet en vient à croire à une « suggestion inhibitoire » qui, d'après les travaux de P. Celesia, aurait un siège cérébral et s’opposerait à l’activité médullaire instinctive et permanente.
Dans « La Revue philosophique » de 1894, il rend compte de ses recherches personnelles avec le microphone de Rousselot et il montre qu'il est plus facile (gain d’une seconde) de remplacer un état moteur d’articulation par un état semblable que de le supprimer. Les intervalles même de diction (preuve, selon nous, du labeur subconscient permanent qui constitue le fonds de notre activité psychique) préparent la prononciation à venir et font déjà corps avec elle. La volonté ne peut empêcher l’acte de prononciation quand il est commencé. Le pneumographe établit une courbe d'effort continu. même pendant l'arrêt. Donc l’inhibition nécessite bien une dépense de force. |
Dans une seconde étude, plus confuse, parue au tome XXX (p. 136) de la même revue, Binet n’apporte aucun fait nouveau, Il suppose que l’inhibition proviendrait d’un antagonisme d'images mentales également positives, mais dont l’une s'oppose à l’autre.
Nous croyons cette hypothèse juste. Elle peut se rattacher aisément, comme nous l’avons fait prévoir plus haut, au mécanisme physiologique des images rétiniennes qui gagnent en force et en intensité quand elles sont centrales, pour se laisser facilement éclipser lorsqu’elles deviennent périphériques. Ces mouvements d'images que l’on pourrait appliquer aussi aux schèmes dans le domaine conceptuel ou abstrait, tiennent, par leur automatisme subconscient, au « type » et à son
comportement spécifique, tout en dépendant aussi de l'éducation et de la volonté. Mais il reste toujours à expliquer comment et pourquoi les images, soit rétiniennes, Soit mentales, s’éclipsent ou s’occultent. La cause est-elle interne ou externe ? Personnelle ou objective ? Le problème reste entier dans le premier cas.
Une troisième fois, en 1894, et toujours dans la même publication, Binet aborde encore cette étude sans plus de résultats. Il n’a donc pas résolu le problème de l'inhibition et de l'attention: mais, au lieu de se livrer à des argumentations verbales et stériles comme tant de faux psychologues, il a eu le mérite de le circonscrire et de le poser très nettement quant à ses bases physiologiques, ce qui facilite grandement toute recherche future,
La distraction
C’est précisément pour le circonscrire ou pour l’aborder plus facilement sous un autre aspect, qu'il étudie aussi la distraction, plus accessible, ainsi que nous l’avons constaté nous-mêmes, dans nos recherches de Luchon, à l’investigation par les tests et les enquêtes scolaires.
Binet a analysé la distraction dans le tome IX de L'Année Psychologique. 1 se plaint de ne pouvoir, avec les procédés d'alors, provoquer à coup sûr un état bien défini de distraction. Or la distraction, c’est du vague, dit-il. Nous ne voyons pas trop comment on pourrait la définir exactement. L'étude de la distraction est sur- . tout et peut-être seulement intéressante par celle de ses causes extérieures ou internes, psychiques ou organiques qui, indirectement mais sûrement, servent à l’étude de l'attention, dont elle est exactement le contraire ; ou plutôt, si l’on veut bien nous permettre cette expression, le revers subconscient et d'ordre plutôt physiolo-
gique, d’après nos recherches personnelles 4, pour la distraction passive, la seule véritable, au fond.
Voici la dernière conclusion de l'étude précitée de Binet (198) : “ES
« 4° L'état de distraction n’est pas un état unique; si y a deux espèces principales de distraction, l’une où l'attention est fixée, l'autre où l'attention est mobile;
« Remarquons tout de suite que la première modalité, dite par nous active, est de l’attention orientée ailleurs en réalité,
«2° L'effet de la distraction est de produire tantôt une systématisation des réponses (dans Les recherches d’esthésiométrie) tantôt des réponses qui se succèdent au hasard (dans l’interrogation);
« 3° Il semble au moins probable que la systématisation caractérise la distraction avec attention fixée, et que le hasard des réponses se produit pendant la distraction où l'attention est mobile, soit par suite de causes extérieures, soit par faiblesse congénitale; mais beaucoup de causes doivent modifier ces phénomènes, notamment la personnalité psychique des sujets; ceux-ci présentent des aptitudes très inégales à l’automatisme et à la sys. tématisation ».
Nous distinguons plus simplement, sans nier la valeur de ce qui précède, la distraction active (attention fixée ailleurs) et la distraction passive qui est la rêverie vague, paresseuse, l'absence de toute activité vraiment psychique et le contraire de toute attention, par conséquent.
L'étude de celle-ci doit être autant physiologique que psychologique. Binet l’a fort bien compris et ül donne des renseignements précieux sur les signes physiques de l'attention expectante dans L’Année Psychologique de 1897 (202). Ges signes sont : la déglutition, la
(1) V. Bulletin de la Société Binet. N°: cités.
rougeur, la respiration bruyante, le tremblement fibrillaire des paupières, les mouvements du globe de l'œil, lès battements des paupières. « Il est curieux de voir que ce sont les signes oculaires qui prédominent, quoique l'attention du sujet soit en réalité orientée dans l'audition puisqu'il (le sujet) attend un signal auditif ». Le tremblement fibrillaire des paupières est général ei très rapide. C’est un des signes les plus remarquables de l'attention expectante. Les autres signes sont beau- Coup moins fréquents. Notons cependant, dans certains Cas, une contraction pupillaire très caractéristique de l’état d'attention volontaire que nous avons remarquée chez plusieurs écoliers et même photographiée chez deux fillettes de 40 et 11 ans U),
Cette attention expectante pourrait être rattachée, dit Binet, au somnambulisme total et il en fait l’équivalent de la suggestion inconsciente (Rev. Phil. XIX, 4). On n’a pas oublié, en effet, que l’on peut suggérer à un sujet, d’être attentif en lui rapprochant les sourcils; et ce rapprochement persiste avec sa conséquence mentale, l'attention, à l’état de veille (Rev. Phil. XXIIT, 485). L'influence considérable du maître, par suggestion bien comprise, apparaît donc nettement pour l'attention et pour la direction, même chez les normaux, surtout dans la première éducation,
L'étude des hystériques à élé précieuse encore à ce point de vue, car l’hystérie est, en définitive, une maladie de l’aîtention. L'observation des malades a prouvé que tout mouvement subconscient cesse quand l’attention atteint son maximum. L'unité mentale se réalise alors. L’attention est donc un effet de concentration d’esprit et, contrairement à l’habitude qui représente les liens du passé, elle est une tendance vers le nouveau,
(1) La documentation vivante, par la photographie et même le cinématographe, pour l'étude directe des attitudes physiques et des jeux de physionomie, nous paraît indispensable à la psychologie actuelle.
vers l'avenir. (La Suggestibilité, 61.) Grâce aux anormaux, Binet a pu étudier une attention superficielle, instable et qui, surtout, manque de profondeur. L’idiot n’est pas absolument dépourvu d'attention, mais il ne peut pas la fixer, la « mobiliser » et il est le jouet de toutes les causes de distraction. Celle-ci est comparée alors à l’anesthésie et agit comme une division de conscience. ;
Dans Les Altérations de la personnalité, un de ses premiers livres, Binet précisait davantage (127) : « Il existe une relation des plus étroites entre la distraction et l'insensibilité... L'attention est un effort de l'esprit et de l’organisme entier qui a pour résultante d’augmenter l'intensité de certains états de conscience... Cette adaptation convergente de toutes les forces disponibles de l'organisme sur un seul phénomène. a pour conséquence de produire un état temporaire de monoidéisme.. L’attention met donc, peut-on dire, nos organes des sens dans un état d’hyperesthésie spéciale, locale, c'est-à-dire systématisée, relative à une certaine sensation et, en revanche, il se produit en même temps. pour tout ce qui n’est pas sensation ou pour tout ce qui ne s'y rapporte pas, un état passager de sensibilité moindre, disons même d’anesthésie ».
Plus tard, il abandonnera cette explication par monoïdéisme qui ne convient qu’à l’idiotie. Mais il doit en rester quelque chose.
Le paragraphe suivant, relatif à la suggestibilité, nous permettra de parler des rapports de celle-ci avec l’attention.
A propos de la vision mentale chez les hystériques (Rev. Phil. XXVII, 337) Binet rappelle encore la théorie de Wundt sur le point de fixation interns pour l’attention internospectante, Le même fait, vérifié par des psychologues anglais et par l'Italien Sergi, montre que la conscience ne peut percevoir nettement qu'un seul phénomène à la ‘fois avec, au maximum, un deuxième,
mais voilé, en même temps. Voilà donc où serait la base physiologique de ce monoïdéisme soutenu, en même temps, par Binet et par Ribot. Et ceci vient à l'appui de nos recherches actuelles sur les réflexes pupillaires qui pourraient déceler une concentration et un renforcement d'image rétinienne concomitants à une concentration et à un renforcement d'image mentale, L’attention, comme l'œil en effet, pourrait modifier la position des images dans le champ mental de représentation pour placer la plus importante au point maximum ().
Cette étude est des plus fouillées et des plus curieuses de Binet. Elle se termine par la constatation réitérée des deux formes de l'attention spontanée : « celle qui est produite par l'intensité de l'impression et celle qui est produite par le caractère effectif de l'impression ». Il y aurait donc tantôt,idée-force el tantôt sentiment-force. La distinction est bien qualitative et même spécifique. La première peut être considérée comme d'origine externe et la seconde serait plutôt personnelle et cénesthésique. Le facteur intérêt pourrait donc avoir une origine tantôt objective et tantôt subjective. C’est une analyse à tenter par la psychogénie.