‹ Alfred Binet et son œuvreChapitre 25 sur 55 · X. — LE RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

X. — LE RAISONNEMENT

Nous avons analysé suffisamment « La Psychologie du Raisonnement » dans ie premier chapitre, pour nous contenter maintenant de la rappeler. Il faut lire et relire ce livre qui apparaît d’abord comme une ébauche et enfin comme une œuvre essentielle, Grâce à lui, Binet a mis au point sa théorie des images, confronté Kant, Berkeley, David Hume, Taine et Ribot. C’est le premier creuset où se sont fondues, amalgamées, les notions de psychiâtrie acquises en clinique et les résultats de ses études de bibliothèque. De tous ses ouvrages, c’est peutêtre le plus typique. Nous n’ajouterons ici que quelques précisions nouvelles.

Indépendamment de ce livre, en effet, Binet a consacré plusieurs articles au raisonnement, L'un d'eux, paru dans le tome XVI de « L’Année psychologique », après avoir montré que la fameuse expression de Taine « la perception est une hallucination vraie » est juste dans ses grandes lignes, contient les lignes suivantes :

« ….Raïisonner, ce n’est point du tout, en fait, tirer des prémisses ce qu’elles contiennent; c’est plutôt faire un essai, avoir une idée, s'abandonner à une suggestion, faire acte d'invention, en somme; puis, second temps, revenir sur cette idée, voir si elle est raisonnable, si elle s’ajuste à l’ensernble de ce que l’on tient pour vrai. et, en définitive, ia juger, la censurer » (161).

« Mais Taine n’a vu le problème qu’en gros, avec ses réducteurs. Nous exerçons un pouvoir complexe et qui comprend :

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1° Action de prévention;

2° » de censure;

3° » d'opposition; 4° » de suspension.

La 1"° existe chez le normal. Elle évite la hautise d’une foule d'idées.

La 2° doit être suivie de volonté pour être efficace.

La 3° et la 4 montrent qu'il y a à distinguer dans la volonté :

a) le désir; :

b) l'efficacité.

Grâce à la psychiâtrie qui est un peu le microscope de la psychologie, Binet a vu tout cela chez des aliénés. Dans « L'Ame et le Corps » il revient à ses théories primitives :

« Similarité et contiguïté, en se combinant, forment l’éessentiel de toute espèce de raisonnement et ce raisonnement, ainsi compris, fonctionne d’une manière qui ressemble beaucoup à une loi physique » (175).

On peut dire, en somme, que, grâce à ses travaux de clinique comme à sa méthode nouvelle d’introspection. Binet a mieux posé le problème et l’a même en partie résolu, Là où les associationnistes anglo-saxons ne voyaient que jeu automatique d’associations fatales d'idées ou d'images, lui découvre le rôle directeur des images (ou plutôt, à notre avis, des percepts) pour l'orientation psychique qui en provient : c’est surtout la part d’hérédité. Mais il voit également, nous le savons déjà, le rôle dyaliseur de la conscience qui est la part essentielle de la personnalité.

Enfin, son exemple même prouve l'importance du schème logique soit acquis (syllogisme, déduction), soit trouvé par l’expérimentation (induction).

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