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XIII. —— LES APTITUDES

Nous devons signaler enfin un dernier apport et non l'un des moins importants et féconds, d'Alfred Binet. Le chapitre VII des /dées modernes sur les enfants est consacré à l'étude des aptitudes. C’est la suite de la discrimination qualitative des types intellectuels, toujours par les thèmes psychiques et l'orientation de la pensée, considérée maintenant à un point de vue plus complet et pragmatique, avec la juste préoctupation des fins sociales. Ce chapitre débute par l'étude de la corrélation des facultés intellectuelles, Binet déplore que l’on ne fasse pas suffisamment effort, en pédagogie, pour les discerner et il déclare avec raison : « La question que nous abordons est entièrement nouvelle ». Des laboratoires, de celui de Stern notamment, il veut la faire passer dans le domaine pédagogique. Elle est encore brumeusé. La corrélation n’est pas démontrée. Si les aptitudes tendent à créer des distinctions entre les individus, l’application générale au travail agirait en sens contraire, d’après Binet, et exercerait « une action niveleuse » (243) pour l'harmonie sociale indispensable. Comme toujours, motre auteur sait se poser lui-même des objections pour affiner et renforcer ses analyses patientes et scrupuleuses.

LES APPORTS DE BINET LUE 259 Aptitudes scolaires, — Leur source

Lisons {es remarques sur quelques aptitudes scolaires : la musique et le dessin par exemple, L'auteur observe justement : « grâce au savoir, à l'expérience acquise, on à en soi des plans, des schèmes de dessin » (245). Mais ces aptitudes sont-elles innées ou acquises ? Grosse question pour nous, éducateurs, et qu’il faut demander à la psychologie expérimentale mieux organisée, d'éclairer. Il faut se défier des opinions reçues et de la tradition, tout comme Binet, en pareille matière. Nous avons constaté plus de mille fois, dans nos inspections d'écoles, que la fameuse aptitude pour l’orthographe et même le français, résulte, presque toujours, d’un enseignement synthétique et méthodique. dès le début surtout de la scolarité, de la lecture, écriture, dictée combinées, de la lecture bien expliquée et vite expressive, Le futur « littéraire », c'est souvent celui qui lit très bien d’abord et beaucoup ensuite. Nous proposerions volontiers une vaste enquête sur ce point essentiel. Autre fait concomitant : nous connaissons une personne littéraire qui, n’ayant jamais fait de calcul mental jusqu'à 25 ans, fut obligée de s’y intéresser ensuite et y réussit bien. L’aptitude peut donc ne se manifester, même pour les travaux scolaires, que beaucoup plus tard, faute de l’occasion favorable et du professeur vraiment, qualifié pendant le jeune âge. C'est dans ce domaine surtout que le maître peut être ou non animateur et celui-ci seul est un éducateur d'élite. On voit combien il faut qu’il soit finement psychologue et connaisse l'importance de la suggestion qui est primordiale à cet égard.

256 ALFRED BINET Aptitudes supérieures

Toujours dans le même plan de recherches, Binet

cite un exemple illustre, celui du mathématicien Henri Poincaré, pour tâcher de voir s’il existe une faculté mathématique spéciale. Il ne conclut pas; maïs cette étude révèle encore le rôle essentiel du subconscient dans le“ conceptions géniales et nous la retenons à ce titre. Le problème capital des aptitudes est donc posé, situé, circonscrit par Binet mais non encore résolu. Plutôt descriptif qu’explicatif, l’auteur analyse successivement plusieurs types intellectuels au point de vue qualitatif et, de nouveau, Armande et Marguerite, Mais il lui a manqué, croyons-nous, les données indispensables sur le fondement même des caractères et des types : le postulat du subconscient.

, Il fournit cependant des aperçus très justes sur l’évolution de l’idée qui, remarque-t-il, d’abord schématique, se nourrit de faits concrets. Cette marche, en quelque sorte déductive, n’explique, remarquons-le bien, que le travail de méditation et de réflexion; car l’ordre est inverse pour l'acquisition naturelle’des consciences par l'image, le percept, le concept, le schème et enfin l’idée complètement abstraite.

L'étude curieuse de François de Curel rappelle la série originale de portraits plutôt largement brossés que dessinés, qui fut publiée dans L’Année Psychologique de 1904. Et toujours nous apparaît, de plus en plus, l'immense valeur de cette méditation subconsciente que Binet s’obstine, comme tant d’autres, à nommer inconsciente; ce qui paraît la rejeter, bien à tort, hors du domaine de nos investigations. La série des types intellectuels est constituée par Armande et Marguerite ce qui donne, avouons-le franchement, l’impression malheureusement assez fréquente quand on a parcouru tous les travaux de Binet, de relire du déjà vu. Cependant, il ajoute d’autres exemples de prati-

ciens qui donnent des faits nouveaux. Toutes ces observations, d'accord avec celles du docteur Th. Simon, l'ont amené à faire une distinction un peu tardive peut-être et qui ne figure point dans sa théorie de l'intelligence : celle de l'intelligence sensorielle et de l'intelligence verbale. La première « forme une intelligence à part, voisine de l’animal et qui ne se développe que parallèlement avec l'intelligence verbale » (4) (282). Ne pourraiton ajouter que tout éducateur doit se préoccuper également, harmonieusement de toutes les deux, celle-ci devant, pour ne pas se perdre dans la fiction, se baser sur celle-là ?

Par une transition facile à deviner, nous revenons aux anormaux qui ne sont souvent, c'est important à savoir, que des retardés parfaitement éducables. Pour eux surtout, il faut savoir passer et faire passer de l’intelligence sensorielle à l'intelligence verbale. Au fait, pourquoi ne pas dire : de l'imagerie au schématisme ? Ce serait peut-être plus facile à comprendre. « Gardonsnous surtout, ajoute sagement Binet, de croire qu'on doit établir une hiérarchie, une distinction de classe entre l'intelligence sensorielle et l'intelligence verbale » (287). L'intelligence sensorielle, faite de sensations et d'images, si précise et-vivante, si plastique aussi, pouvons-nous ajouter, est aussi utile que l’autre. C’est celle qui distingue surtout les réalisateurs, les praticiens, les artistes. C’est celle qui forme la condition même de la première période de l’évolution mentale ontogénique.

Voilà donc une contribution, qualitative et de la plus grande valeur, à la théorie de l'intelligence que nous avons résumée tout à l'heure. On ne peut pas classer raisonnablement les aptitudes : toutes sont utiles si certaines sont belles. Etes es NHÉMEAIeE et diffi-

a do TRI APN | ER EN AREAS AE TER (1) Cette Ce on peut se rapproëher de la discrimination de

M. Henri Piéron entre le paléomental et le néomental (Le Cerveau et la Pensée). Ells sert aussi à l'analyse du type praticien.

cilement discernables par les tests. Nous l'avons tentée une seule fois jusqu’à présent et nous avons été très surpris de constater qu'un garçon de 11 ans qui, immédiatement après une promenade scolaire à laquelle nous assistions, pâraissait surtout visuel par le dessin libre, se révélait un auditif complet et remarquable, le lendemain, dans une description ayant le même sujet, D'après ce premier sondage psychique que nous nous gardons bien d’ériger en théorie, les modalités d’expression de la pensée, même proches parentes, comme le dessin et l'écriture, exerceraient une action décisive sur l'orientation même de cette pensée. Nous nous proposons de poursuivre ces recherches qui pourraient déterminer l'importance de chaque sens comme facteur psychique ().

Binet étudie ensuite corrélativement l'aptitude particulière et la culture générale. Nous aborderons en détail ce dernier point dans le chapitre suivant.

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() Ceci a été écrit en 1924. Nous avons fait depuis, de nombreux tests à ce sujet. On en trouvera le détail et les résultats dans notre ouvrage déjà signalé.

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