‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 11 sur 59 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

maîtres de son pays, et d'écrire : « Delacroix, Decamps, Marilhat ont des qualités qui n'appartienneut qu'à eux et que je ne trouve nulle part, ici, si ce n'est dans la nature1 ». Mais des observations qu'il formulera nettement, après son retour en France, nous prouveront la vertu de ses contacts italiens. Un Journal intime, entrepris par lui en 1849 et trop vite abandonné, contient cette note curieuse où se ramasse tout le fruit technique de son voyage : « ier avril. J'ai revu les maîtres du Louvre... Dans le Giorgione, dans le Titien, dans le Corrège le modelé a un velouté délicieux : les lumières, les ombres sont d'une grande tranquillité ; nulle part de sécheresses, de duretés, de maigreurs. J'ai toujours peur de faire vide et mou. De près, les œuvres de ces maîtres le paraissent 2, mais à la distance voulue, leur modelé a beaucoup de force et de solidité, bien que les ombres soient, en général, très légères... On n'y trouve jamais de noirs. Les tons s'harmonisent parfaitement avec tout ce qui les entoure. »

Au fond, l'on s'explique sans peine que des remarques de ce genre ne se soient coordonnées en lui que peu à peu. C'est que sa vraie préoccupation de peintre s'est tournée bien plus vers la beauté de la terre latine que vers la beauté de l'art d'outre-monts. Je suis très frappé de la déclaration suivante : « Cette nature, autour de Rome, est si riche et si belle, elle offre à l'artiste de si nombreux matériaux à choisir que je ne sais vraiment pas quand je partirai d'ici. » Ses journées de pèlerinage attestent par dessus tout, son impatience à tout voir, son zèle à tout retenir. Veut-on savoir exactement les objets de son attention cordiale, incessante, et de ses complai-

1 Lettre à Ferdinand de Guilhermy, Rome, 12 janvier 1847.

- C'est-à-dire « paraissent vides et molles... » (ou, du moins, peuvent quelquefois le paraître...). Un artiste jetant des réflexions sur le papier pour son seul avancement n'écrit pas en grammairien. Curzon réagit, en ces quelques lignes, contre sa primitive tendance au noir, qui n'est pas la vigueur.

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