INTRODUCTION XIII
descendre dans un ravin escarpé, profond, tout encombré de chênes séculaires, au fond duquel coule un torrent. Parvenus de l'autre côté, nous nous trouvâmes sur un plateau étendu à perte de vue. En nous retournant, nous apercevions encore le couvent, se détachant tout blanc sur la sombre verdure de la forêt, à mi-côte de la montagne, qui termine ces roches d'un si beau style. » Ajoutons ce preste crayon de Foligno : « Foligno est une des rares villes de l'Italie bâtie en plaine. Elle est entourée d'une muraille en grès rose d'une très jolie couleur, et d'un large fossé plein d'eau. ». Si de tels documents n'accusent pas des dons innés de paysagiste, on se demande ce qui pourrait en rendre témoignage.
Mais, en même temps, d'autres passages annoncent le peintre de mœurs. Un soir, à Anagni, le jeune voyageur arrive au milieu des réjouissances pour la fête de Pie IX. « Toute la ville était illuminée, et les maisons pavoisées ; une foule de paysans l'animait de ses costumes pittoresques... Le lendemain, levé de bonne heure, je sortis sur la place. Elle était encore toute remplie des familles de montagnards, hommes, femmes, enfants, qui avaient passé la nuit à la belle étoile , étendus sur des manteaux et des paquets. Les femmes faisaient un bout de toilette, les hommes allumaient leurs pipes avec la tranquillité de gens habitués à vivre au dehors. » A Gori, des centaines de moissonneurs accouraient, armés de leurs grandes faucilles. « On les voyait descendre des montagnes et gagner les champs au son de la cornemuse. » — A Ancone se tenait une foire aux bestiaux : foule aux costumes bigarrés ; bœufs gris clair, presque blancs, à jougs ou à colliers peints, enrubannés, garnis de houppes de laine rouge ou bleue ; charrettes décorées aussi et grande gaieté d'aspect. — A Frosinone, au bord dune fontaine, des femmes lavaient des herbes pour la