‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 15 sur 59 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

ainsi que le vieux Napolitain pinçant la guitare, dont la tête rappelle les faunes antiques. Tous les groupes sur le char sont charmants. Et que le peintre a bien su reproduire le beau type des îles du golfe de Naples ! Si, comme pâte, sa couleur laisse à désirer, sous le rapport des oppositions et des arrangements de tons, elle est admirable. Il a disposé les tons de ses vêtements de manière à former ici une masse bleuâtre, là une rougeàtre, là une blanchâtre... » C'est bien reconnaître, en somme, les défauts techniques de l'auteur et le louer d'avoir évité la discordance des bariolages par une utile intervention de gris colorés. Evidemment, dans l'accommodation des sujets et le style des figures, le caractère maniéré ou quelque peu davidien n'a pu choquer Gurzon comme il nous choque à cette heure. L'attrait qu'il éprouve est celui d un relatif naturalisme dont s'encourage son goût inné d'une vérité choisie1.

Parallèlement, par un contre-coup du milieu parisien, d'anciennes idées classico-romantiques viennent à le ressaisir. Ses littéraires esquisses de naguère lui font juger trop « terre à terre » la simplicité de ses thèmes actuels. Pour le Salon de 1848, il groupe, dans un paysage poitevin, des Ondines surprises. Il ébauche, à la même époque, un Bon Samaritain et s'ingénie à transposer en quatre scènes les Quatre âges de la femme de Lamartine 2. Son romantisme, tout mitigé qu'il est, se mêle bizarrement à son rêve italien. Quel étrange canevas de peinture que ce Songe d'une nuit d'été au pied du Vésuve évoqué en dix lignes sur une page de son journal ! Imaginons un clair de lune cendrant et argentant une pente plantée d'oliviers, de

1 Cf. au présent ouvrage, t. I, pp. 66-67. Les deux frises des Moissonneurs romains et des Vendangeurs Napolitains, combinées et racontées par Curzon, à la date du 19 avril 1849, font absolument penser à Léopold Robert.

2 Ce motif mystique et sentimental de femmes accompagnées d'un ange gardien le hantera souvent par la suite. Voir ci-après, au § VI.

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