XX INTRODUCTION
nages ; la facture trop égale partout ; la couleur trop poussée aux tons sombres ou aux tons neutres. Mais de pareils tableaux sont bien moins, aux yeux de l'auteur, des aboutissements que des jalons de sa route. Le meilleur du temps qu'il passe en son atelier est consacré à de consciencieuses études d'après le modèle. Peu à peu, ses progrès s'accentuent. A l'égard de la Vue des ruines de Pœstum, six lignes d'une lettre de Curzon à Brillouin (18 décembre i85i) nous livrent son procédé de composition où tout se subordonne à la nature : « J'ai choisi le point où l'on aperçoit, par dessus les tours ruinées et les murailles, les deux grands temples de profil. Au premier plan coule une rivière marécageuse, encombrée de roseaux et de canucce. J'ai ajouté de gros arbres qui rompent, sans les cacher, les longues lignes des temples et des murs et j'ai mis, dans les roseaux, des buffles et des cigognes. » L'invention n'intervient qu'en des détails de peu d'importance et pour donner au thème plus de vie et de prix.
Un des traits les plus notables de sa vie de pensionnaire, c'est la fréquence de ses expéditions hors de la Villa Médicis et même delà Ville éternelle. Le travail en chambre, la vie sédentaire en commun lui semblent contradictoires à ce qu'il est venu faire en Italie. Il a payé son tribut à l'antique en calquant, les jours de pluie, dans la collection Campana, des centaines de peintures de vases. lia exploré, les jours de soleil, et joyeusement crayonné sur ses tablettes les poétiques jardins de Rome, silencieux, splendidement envahis des végétations de la solitude. Ce n'est pas assez pour lui. Son plus grand désir, son plus grand plaisir sont de sillonner les régions du pays les mieux pourvues d'aspects à peindre. On le voit à Tivoli, à Sorrente, à Amalfi, à la Cervara, et, de tous les côtés, en vingt vallées, en vingt villages ! Partout