INTRODUCTION XXI
où se dressent des roches vives, où se silhouettent des arbres fiers, où s'ensoleillent de belles eaux, où les mœurs des hommes sont typiques et les costumes particularisés, il fait halte avec son chevalet de peintre, son carton de dessinateur, sa planche d'aquarelliste. Jamais ses dessins, tantôt tracés d'une pointe nerveuse, tantôt largement massés et conduits à l'effet, n'ont eu. encore, autant de fermeté. L'aquarelle, qui lui est un moyen tout neuf de transcrire ses impressions, le sert à merveille. En des formes clairement distribuées, indiquées à grands plans, les tons légers et francs, bien détrempés et lumineux, viennent se placer comme d'eux-mêmes. Curzon a été, dans ce genre, un véritable précurseur. Sans penser à rien de plus que réunir des documents à son usage, il a créé tout un ordre d'exquises œuvres d'art de la plus charmante originalité. Ses aquarelles, trop peu connues, méritent d'être recherchées par les amateurs les plus difficiles. D'autres dessins de l'artiste, lavés à l'encre de Chine, ne contribuent pas moins à nous montrer le grandissant attrait que prend pour lui la touche, substituée au coup de crayon. Quelquefois, cependant, des scrupules l'assiègent de ne recourir qu'à des méthodes expéditives pour enrichir le trésor de ses souvenirs. Hélas ! il sait que sa pension aura une fin et il voudrait, en quelque façon, emporter toute l'Italie dans son cœur et dans ses portefeuilles. Sa curiosité, sa passion d'artiste s'avoue et s'excuse en ces mots : « J'ai eu beau recueillir des matériaux nombreux, il me semble toujours que j'ai oublié le meilleur1. »
Au demeurant, son destin l'entraîne à un bien autre pèlerinage artistique et qui aura pour sa production maintes conséquences. Il est à Athènes au mois d'avril 1802. De
1 Lettre du 12 déc. i85r.