XXII INTRODUCTION
quel soin n'y relève-t-il pas les aspects du Parthénon, de l'Erechteion, du temple de Zeus et d'autres édifices! En mai, il parcourt la Morée, en compagnie de l'architecte Charles Garnier et d'Edmond About, engésine de sa paradoxale Grèce contemporaine. La petite caravane multiplie ses haltes à Kephissia, à Eleusis, à Mégare, h Corinthe, à Tyrinthe, aux marais de Lerne, à Argos, à Sparte, à la byzantine Mistra... Vingt-trois jours durant, le peintre ne descend de cheval que pour saisir ses fusains sa mine de plomb un peu grasse et. surtout, ses pinceaux d'aquarelliste. A traduire les monuments ou les ruines, il a l'exacte conscience d'un constructeur et son émotion de poète du paysage se communique à ses évocations de la vie proche et des pensées lointaines. Ses pages aquarellées se parent de bleus clairs, de bleus ardoisés, de roses, de gris de perle, de tons orangés et dorés en une lumière parfois attendrie, d'un charme infini. About. Garnier envient son recueillement serein et les indigènes, qui le voient penché sur son ouvrage, ne se doutent pas qu'il fixe naïvement, quelque chose de l'âme endormie et vivante de leur pays.
En quittant l'Hellade, Curzon se dirige hâtivement vers Constantinople, mais, au bout d'une semaine, il reprend la route d'Italie. Il se souviendra toujours des nobles désolations de la terre grecque, de ses ruisseaux et de ses torrents desséchés, de ses forêts de pins d'un bleu vert. de ses rouges escarpements, de ses ravins brûlés, de ses bouquets de chênes-verts et de lentisques, de ses horizons de montagnes neigeuses. Le long des sentiers arides, parmi les ombres violettes tombées des buissons, sous la brise qu i berce en l'azur de douces vapeurs rosées, dans l'enceinte dévastée des sanctuaires, il a cru entendre, obscurément, l'écho des oracles qui se sont tus. A Byzance, rien n'a touché son âme. Un coup d'oeil sur l'Orient lui a fait