‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 28 sur 59 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

dire à Emile Michel : « Curzon est l'Ingres du paysage », et des dessins à l'effet, frottés au fusain, lavés à l'encre de Chine ou au bistre, ou colorés à l'aquarelle, à grande eau, de l'art le plus sûr et le plus neuf. En ces feuilles volantes, où l'auteur ne voyait que des instruments de travail, il a mis le meilleur de lui-même. J'ai déjà revendiqué pour Alfred de Curzon une place d'honneur au nombre des aquarellistes originaux. Pas une de ses aquarelles qui ne porte, dûment, le sceau de sa personnalité au degré le plus net et le plus spontané, et beaucoup sont admirables. On pourrait les exposer à côté de celles de Jongkind et de Jules Jacquemart : elles apparaîtraient différentes, mais non moins caractéristiques et ne souffriraient d'aucun contact. Elles sont, dans leur simplicité, la manifestation franche d'une maîtrise particulière en un art particulier.

L'artiste ne s'est pas contenté de crayonner ou de laver des paysages; il a étudié du même crayon et du même pinceau des types, des costumes locaux, des accessoires significatifs. Grâce à de tels matériaux, rien ne l'arrête; il a en main, pour toute chose, des miroirs de certitude. Ses souvenirs n'ont qu'à prendre sur la toile la vie de la forme et de la couleur. Donc, lorsque, en ouvrant ses portefeuilles, un lieu, un épisode l'induisent à l'évoquer par la peinture, il essaie son tableau au fusain, en resserre la donnée, en assure l'effet, en vérifie tous les éléments à l'aide de ses croquis et de ses études d'après nature. Avant d'attaquer sa toile, il a la pleine conscience de sa pensée, de son sujet, des conditions de son ordonnance adoptée, de l'agencement des volumes et des valeurs dans l'espace et de la modulation de la lumière sur l'ensemble. De la même façon, toujours à l'aide du fusain, il prépare ses compositions récemment conçues. Chacune de ses œuvres est l'aboutis-

Page 1