‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 3 sur 59 · INTRODUCTION III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION III

savoir, vous remuez en moi des souvenirs d'un inaltérable charme. Me trouvant à Poitiers, durant l'hiver de 1871, j'ai connu la chaleur du foyer de votre famille. C'était au moment tragique où le cœur de la patrie saignait et où Ton s'efforçait d'improviser sans cesse de nouvelles troupes à opposer aux envahisseurs. Quelle année! Quelles journées! Les adolescents s'enrôlaient aussi bien que les hommes. Aux petits soldats de bonne volonté que nous étions, le logis des Gurzon s'ouvrait tout grand, avec son atmosphère de patriotisme, de foi et de bonté. Là, incidemment, j'ai entendu nommer pour la première fois Alfred de Curzon, le peintre... Par malheur, il était alors, en Provence, occupé à disputer à la mort une malade bien aimée et à élever son garçonnet qu'il appelait, dans une de ses lettres « son petit diable » et qui a fort grandi depuis — vous le savez mieux que pas un... C'est bien plus tard, à Paris, que j'ai eu le plaisir de rencontrer votre père dans l'atelier de Paul Baudry, son vieux camarade. Grand, d'une distinction achevée, mais, par cela même, un peu distante, les cheveux courts, la barbe blanche, les yeux noirs et pénétrants, tel il m'apparut d'abord ; puis sa bienveillance domina tout. Il s'exprimait en un langage simple, choisi, net et cordial, d'une voix bien timbrée. Baudry le con sulta sur une étude de femme nue à draperie bleue, d'un ton très fin. Tout de suite il lui dénonça le défaut de la figure. Le peintre du foyer de l'Opéra semblait radieux : « M. de Curzon, me dit-il, n'a pas son pareil pour vous remettre dans la bonne voie. C'est le patron des égarés. Il dépisterait un caillou mal placé au fond d'un paysage de six lieues et une erreur d'anatomie au quatrième plan d'un Jugement dernier de trois cents figures. Nous l'aimons de tout notre esprit et de tout notre cœur. »

Deux autres affirmations me sont venues de l'affection

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