‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 31 sur 59 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

notre époque a perdu le goût, ce genre était souverainement au goût de la sienne et conforme à son propre tempérament lamartinien. A l'endroit du paysage, il n'omet pas une occasion de s'enrichir d'impressions nouvelles. Jusqu'au bout on lui verra, devant la nature, cette sincérité aimante, quasi-religieuse, qui ne sépare point le réel de l'idéal. En chaque série de son œuvre, il a laissé des tableaux expressifs, répondant à l'esprit contemporain sous sa face idéaliste, extrêmement fidèles à son programme personnel d'artiste librement attaché à la tradition, et quelques-uns d'une beauté supérieure. Quelles qu'aient été, en un mot, les occurrences de sa vie, il faut convenir que sa production se marque expressément, et en tout, des caractères par lui désirés et cherchés.

Mme de Curzon est morte au mois de décembre 1889. Son mari lui survivra six ans, dévorant son chagrin en silence. On le rencontrera durant cette période, en Poitou, dans les Pyrénées, sur les bords du Doubs. Il peint partout de fortes études d'après ce qu'il voit et persévère en l'évocation des sites de Rome et d'Athènes. Ses toiles suprêmes, en 1893, nous montrent Y Acropole vue du côté de l'ouest, une Ferme à Lunghezza, dans la campagne romaine, et la Rade de Toulon, prise des hauteurs de Tamaris. Mais, déjà, au Salon de 1894, il avait, pour ainsi dire, envoyé son testament. Je parle de sa belle toile — assurément une de ses plus belles — des Bords du Doubs à Audincourt, où la rivière, unie comme un miroir, se fleurit de reflets apaisés, dans un paysage vespéral au ciel nuancé d'or. C'est comme l'acte de foi de son âme limpide, en paix avec elle-même, et c'est aussi, suivant la juste parole d'Emile Michel, l'image des sentiments de confiante sérénité dans lesquels le noble artiste a pris congé de la nature et de la vie.

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