INTRODUCTION XXXVII
dessus, le moutonnement des frondaisons du Bois de Boulogne avec le lointain aperçu des collines bleuâtres de la banlieue. Le petit tableau où il traite de ce thème et qu'on verra au Salon de 1891 aura, en sa vérité, autant de style que ses souvenirs d'Italie \ Le « style x> lui est naturel. A partir de i852, sa facture de paysagiste est toute franche. Curzon sait ce qu'il veut, et où il va. Ses études d'après nature sont exécutées du premier coup, sans hâte, mais sans lenteur, d'une pâte moins abondante qu'habilement et honnêtement étendue pour faire vivre la forme en fixant l'harmonie. Déjà les tons noirâtres ou neutres se sont éliminés de sa palette. Il détermine avec soin la valeur la plus claire et la valeur la plus foncée et conduit sa couleur de l'une à l'autre par de judicieuses modulations. Chaque contrée où il plante son chevalet aiguillonne son talent par la nouveauté de ses perspectives. Du pays latin aux terres fortes, aux vertes forêts, aux montagnes abruptes, aux lacs bleus remplissant de leur fraîcheur la coupe des vallées joyeuses, il passe aux solitudes grecques, arides, brûlées, étoffées, çà et là, d'alignements de platanes et de sombres cyprès et, le long de ses ruisseaux, si souvent à sec, fleuries de lauriersroses. Les ruines éparses qui achèvent de s'effriter au soleil trouvent en lui un interprète hors de pair, architecte par la précision documentaire, peintre par l'harmonieuse compréhension de l'enveloppe, poète par le don de faire affleurer le rêve. — Dans sa patrie, l'artiste saluera une nature plus douce, plus ondoyante et d'un blond plus nuancé de tons vaporeux. Sa production de paysagiste est, en définitive, la suprême floraison d'un art de magistrale synthèse au moment même où un art nouveau, étroitement analytique, entre en évolution.
1 Aujourd'hui au Musée de Poitiers.