‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 38 sur 59 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

Les sujets de mœurs suivent les paysages. Ils sont le fruit de la curiosité amusée du voyageur. Tous les peintres qui ne se rendaient pas au delà des Alpes uniquement pour l'amour des Antiques et des Bolonais, y prenaient, depuis longtemps, plaisir à dessiner des figures et des costumes de paysans. Léopold Robert, Schnetz, et bien d'autres, s'étaient fait une spécialité d'ethnographie populaire. Curzon n'a garde de récuser leur exemple. Ses croquis, ses aquarelles d'après des types ruraux bien marqués des signes de leur race, vêtus de leurs habits coutumiers, vaquant à leurs occupations traditionnelles, forment une considérable série d'études dans ses cartons. On les regarde, tout d'abord, avec cet intérêt qui s'attache aux notations exactes et piquantes d'autrefois ; mais, pour peu que l'on se tourne vers les tableaux où se sont condensés les documents, il est facile de s'apercevoir que l'auteur a visé bien plus haut, bien plus loin que l'agrément du pittoresque. Il a tendu à faire passer en chacun de nous la sensation d'un état spécial de l'existence dans un milieu désigné. Ses compositions sont, le plus souvent, d'ordre typique et direct, sans vanité d'anecdotes, significatives avant tout par leur vérité humaine et locale. Certaines ont pour cadre des enclos, des abords de maisons, des échappées rustiques; les autres des intérieurs diversement éclairés. Les plus captivantes, sans contredit, sont les mieux particularisées dans le sens de la vie intime, immémoriale. Curzon apporte à son labeur une sincérité d'attention et une volonté de réalisation qui, parfois, communiquent à sa facture un soupçon de sécheresse, mais le sentiment n'en est pas moins cordial et tout français. En ses intérieurs, au clair-obscur scrupuleusement étudié, il se rapproche à sa façon du vieux Granet et de François Bonvin. deux bons peintres amis des jeux du demi-jour et du silence.

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