INTRODUCTION XXXIX
J'ai signalé ses Moines cuisiniers du couvent de Tivoli, dans leur cuisine voûtée, traversée d'un grand arc, emplie d'une lumière étouffée, enfumée. Non moins remarquable est le tableau des Moines jardiniers, arrosant leurs légumes, bêchant leurs plates-bandes sous un dernier rayon de soleil, en compagnie de leur gros matou noir, somnolent et bienveillant comme un dieu lare. Ce sont, aussi, les Pèlerins de Subiaco gravissant à genoux Y Escalier saint du monastère de Saint Benoit, ou se penchant en prière dans la grande église supérieure, richement décorée de marbres et de peintures. Je rappelle encore, au nombre des toiles à retenir, les Tisseuses à Picinisco, les Brodeuses à Mola di Gaëte et, pareillement, cette peinture étrange où l'artiste a réuni, auprès d'une citerne des environs d'Athènes, des Aveugles mendiants, farouches, sinistres, les yeux éteints, prisonniers de l'éternelle nuit à la face du soleil sans pitié *. Je ne sais pourquoi les types et les mœurs de sa province l'ont si rarement tenté, lui qui a montré une originalité réelle à retracer des types étrangers et des mœurs lointaines. Son Intérieur d'une ferme poitevine, ses Dominicains peignant leur chapelle où se reconnaît la propre chapelle du séminaire d'Autun, son dessin-esquisse des Pèlerins de Sainte- Radegonde et plusieurs études conservées témoignent du parti qu'il eût tiré des motifs de la petite vie française". Pour finir, on conviendra que les scènes italiennes et le
1 Ces tableaux sont épars en des collections, niais il en a été fait des photographies et les dessins préparatoires n'en ont pas péri. — Voir les Moines jardiniers et les Aveugles d'Athènes (1857) auMusée de Saint-Etienne, it., les Tisseuses de Picinisco, au Musée de Marseille... — Curzon n'a jamais complètement abandonné ce genre. Au Salon de 1896, un an après sa mort, on voyait un second tableau de Fileuses et Tisseuses de Picinisco, terminé en ses dernières années.
2 L'Intérieur poitevin (Ferme à Moulinet) (i856) et les Dominicains peintres (1868) sont au Musée de Poitiers. On possède une aquarelle où le même sujet est traité, à ceci près que les deux moines sont remplacés par Curzon luimême et son ami Froment, d'Autun.