‹ Alfred de Curzon, peintreChapitre 5 sur 59 · INTRODUCTION V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION V

commodes, dénuées de faste, mais non d'élégance, garnies de vieux meubles qu'on a toujours vus, de tentures harmonieusement décolorées et vaporeuses, de portraits souriants ou graves, au regard ami. Sur les cheminées de marbre blanc ou gris ou de bois chantourné, les pendules d'autrefois sonnent les heures de toujours. Des flambeaux massifs, des vases de porcelaine peinte, des cornets de cristal s' offrant aux fleurs de toutes les saisons, ornent les chambranles. De ci, de là, quelque bras de lumière de style rocaille se tord au plein d'un mur. Là-bas, c'est le piano-forte, héritier du clavecin hors d'âge. Nos mères ont tant goûté la musique et le chant ! Tout proche s'ouvre le petit salon de la bibliothèque. On lisait beaucoup chez nos pères et l'on écrivait sans cesse — témoins les jolies lettres que nous sommes si heureux et si émus de retrouver et les Livres de raison d'où sortent pour nous tant de révélations à demi-mot. Ces asiles d'existences familiales n'ont jamais été, Dieu merci, des centres de dilettantisme, mais ils furent toujours, et ils restent, des conservatoires d'impressions intimes, de vivantes délicatesses. Par là même ils peuvent grandement agir sur certaines natures et les prédisposer à comprendre, sentir et pratiquer l'art d'une certaine façon. Alfred de Curzon en est la preuve. Les enseignements de sa première enfance, parmi ses frères et ses sœurs, ont imposé à son esprit un pli décisif.

Autour de lui, la lecture était en honneur; très jeune, elle l'enchanta lui-même. On avait le sens poétique; il l'eut au plus haut point. On était accessible aux tendres effusions de la musique ; plus que personne il en fut pénétré. Assurément, l'idée d'être un artiste ne lui vint pas prématurément — et elle ne pouvait ainsi lui venir. S'il dessina, tout enfant, ce fut d'instinct. Au pensionnat

Page 1