PREMIÈRES ANNÉES DE SÉJOUR A ROME SOUVENIRS ET LETTRES
Pour le séjour d'Alfred de Curzon à la Villa Médicis, nous avons encore quelques pages de ses souvenirs, les dernières, puis les lettres qu'il écrivit à son fidèle ami, cette fois loin de lui. Les unes et les autres me dispenseront d'un récit qui se trouve, grâce à elles, rédigé avec autant de charme que de vie. Il n'en faut que davantage regretter l'interruption brusque des souvenirs et la perte de la plupart des lettres qu'il avait envoyées à ses parents, à ses frères et sœurs. S'adressant à des personnes moins au courant que n'était son correspondant habituel, du pays et des choses d'Italie, il se laissait aller, avec plus de liberté, à décrire, à conter, à dire son enthousiasme et ses espérances, et l'intérêt de ces lettres était resté, je l'ai dit, comme légendaire dans la famille. Le catalogue descriptif des œuvres par lui rapportées sera du moins, pour qui le lira de près, la meilleure addition souhaitable aux documents qui ont survécu. Nous verrons s'épanouir en quelque sorte sous nos yeux sa joie de voir, sa joie d'apprendre, sa joie de réaliser. Nous le suivrons avec d'autant plus de curiosité qu'il fait figure un peu exceptionnelle à cette Académie de France où il a tout de même été envoyé. Si la bourse de pensionnaire devait répondre à l'esprit, sinon à la lettre, de l'institution, c'est bien en faveur de ce lauréat. Elle
ne lui a pas continué renseignement de l'Ecole (que d'ailleurs il avait traité avec quelque indépendance, on en conviendra) ; elle lui a ouvert tout grand, et sans souci du lendemain, l'enseignement suprême : la nature, et la nature la plus féconde en leçons. Aussi bien est-ce presque uniquement en paysagiste, selon les obligations mêmes que lui conférait sa pension, qu'il employa ces années de travail passionné.
A part les types populaires, dont il s'efforçait de collectionner les plus beaux sur son passage, comme un érudit ses documents, il lui eût semblé perdre un temps précieux que de préférer l'étude du modèle, qu'on trouve partout, à celle de la nature, si riche ici et si variée. Quand Ja nature l'empêchait, par ses rigueurs, de travailler près délie, il courait les musées, étudiait les monuments, travaillait dans les bibliothèques, — il avait recueilli ainsi plus de 38o calques, d'une légèreté de main très fine et très sévère, pris sur les grandes publications d'art et surtout les reproductions des scènes de vases grecs. Il s'initiait sans doute également au travail de ses camarades peintres de figure, et s'aidait un peu, par leur exemple et de leurs conseils, à vaincre les difficultés du métier qu'il rencontrait encore quand il lui fallait, sur la toile, évoquer la vie et la figure humaines. Il s'en défiait toutefois, il ne se sentait pas en communion d'art avec eux : « habileté immense, déclarait-il, mais froideur désespérante ! je ne veux pas les suivre sur ce terrain. » Il jouit par contre d'une véritable surprise, avec la facilité d'abord, puis très vite la maîtrise qu'il se reconnut dans l'emploi de l'aquarelle, pour rendre le paysage ou les intérieurs. Sans modèles, sans précédents, simplement selon son instinct et son goût, il exécuta tout de suite des œuvres de premier ordre, qui compteront à jamais dans l'évolution de cet art délicat. J'aurai l'occasion d'en reparler.
D'une façon générale, son séjour à Rome et son temps de pensionnaire apportent une preuve péremptoire de la
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supériorité du travail en plein air sur le travail d'atelier, pour un artiste avide d'impressions vraies et de beauté simple. Devant la nature même, son crayon ou son pinceau, rapide, léger, décisif, ne mettait que juste ce qu'il fallait, et qui était en effet seul nécessaire. A l'atelier, trop de scrupules amenait trop de retouches, éteignait la couleur, étouffait l'atmosphère, alourdissait ce qui du moins sauvait l'ensemble et restait toujours séduisant : le style et la poésie, l'expression d'une pensée. Cette observation, qu'il faisait sur lui-même d'abord, sur les autres ensuite, ne contribuait guère à le rapprocher de la Villa Médicis et du petit atelier qui lui avait été attribué dans le parc.
L'isolement auquel il se complaisait, un peu à l'excès parfois, avoue-t-il, s'était d'ailleurs trouvé servi par les circonstances. Faute de place, on lui avait donné pour logement, tout en haut du palais de l'Académie, cette délicieuse Chambre turque qui plane au-dessus de la villa et de Rome, et où, plus tard, son camarade Paul Baudry, lorsqu'il voulut se préparer, par des copies de Michel-Ange, au grand travail de ses peintures de l'Opéra, vint réfugier son recueillement artistique. S'il manifeste dans ses lettres son horreur des bavardages d'atelier et des agapes bruyantes, il était bien loin cependant de faire bande à part. On lui avait fait chaude réception à son arrivée : on ne l'avait accueilli ni en « nouveau » ni en « hérétique ». Il connaissait déjà, de son précédent voyage, plusieurs des anciens de l'Académie, et il était connu des autres, soit par les souvenirs laissés, soit par les œuvres, les premiers essais exposés à cette époque. L'histoire du concours et de ses péripéties achevait ce que la sympathie avait commencé.
Un peu dépaysé tout de même au début, il ne tarda pas à contracter ces solides amitiés qui ont pour base une vraie communion de pensée et une même passion pour l'art. Avec Eugène Guillaume...; ne s'étaient-ils pas soignés l'un l'autre dans ces fièvres, parfois si
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graves, que le climat romain fait naître presque inévitablement chez les nouveaux venus de France ? Avec Bouguereau...; n'avaient-ils pas vu et admiré et travaillé ensemble, pendant de longs mois, dans la campagne italienne, en une intimité d'impressions qui était restée pour ce doux peintre toute parée du souvenir ému et exquis d'un magnifique exemple ? Avec Perraud...; avec Jules Thomas...; n'avaient-ils pas été rapprochés, en dépit de la différence d'art, par un même sentiment du grand style, une semblable élévation des idées ? Avec Lenepveu, avec Baudry, ami particulièrement cher et précieux, comme Charles Garnier, au cœur si chaud que nous retrouverons surtout en Grèce... ? D'autresrelations, en dehors de l'Académie, comme celle d'Edouard Bertin, l'amenèrent même à voir un peu « le monde ».
Au surplus, qu'ai-je mieux à faire que de laisser à Alfred de Curzon lui-même le soin de nous conter un peu de sa vie à cette époque. Nous allons le suivre depuis son départ, qui le mena d'abord dans sa famille, puis à Saint-Jean-d'Angély, chez Brillouin, puis, par petites journées de diligences ou de bateaux, par Blayer Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille jusqu'à Gênes, jusqu'à Rome. Nous assisterons à son arrivée au petit matin, tout enivré de la joie de se retrouver dans la Ville éternelle, attendant dans les jardins du Pincio, d'où il contemple le lever du soleil, l'heure de pouvoir se présenter à la porte de la Villa Médicis. Nous le A^errons heureux de piloter parmi les rues familières et les monuments bien connus ses camarades nouveaux venus... Puis l'hiver, qui fut rigoureux, se passe. Voici le séjour à Subiaco, et la maladie, si mal soignée que sa robuste constitution l'en a seule sauvé ; voici les premières aquarelles dans le couvent de San Benedetto, et tout de suite, les innombrables études dessinées ou peintes dans la campagne, les croquis de paysans, de filles, d'enfants, de tous les villages environnants ; et le travail des
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« envois de Rome », à l'atelier; les vains efforts d'Horace Vernet pour faire prolonger de deux ans, la durée normale, ce temps de pension écourté de moitié, et les projets de voyage de l'artiste, qui se console en combinant une tournée en Grèce, en Turquie, voire en Egypte.
SOUVENIRS (Suite)
Cependant, mes camarades ne donnant aucun signe de vie, je partis seul. Bien m'en prit, car ils eurent plus tard une traversée très pénible. Ayant manqué le paquebot, ils prirent un petit navire italien que le gros temps obligea à relâcher tout un jour dans la rade de la Spezzia, où il fut horriblement secoué. — Pour moi, j'avais été recommandé par Madden à un de ses confrères, M. Salle, qui me prêta sa cabine sur le pont, au milieu du navire, où le mouvement se sentait moins.
Je me liai aussi là avec un Anglais catholique, qui parlait très bien le français. En apprenant mon nom, il me croyait d'abord anglais, à cause des Curzon d'Angleterre, qu'il connaissait beaucoup. Pendant un arrêt de trois ou quatre heures à Gênes, nous descendîmes ensemble pour voir la ville. Malgré une pluie battante, ayant pris un guide, nous vîmes la ville avec beaucoup de soin. — Nous passâmes aussi à Livourne. Chaque jour il y avait ainsi un arrêt de quatre à cinq heures au milieu du jour.
Le surlendemain nous arrivions à Civitta-Vecchia, alors encombrée d'officiers français, parce qu'on venait de prendre Rome. L'Anglais, M. Salle et moi, nous prîmes la diligence pour Rome et voyageâmes toute la nuit. Le temps était devenu magnifique : en arrivant, la diligence passait près de Saint-Pierre ; ce fut avec une vive émotion, un vrai battement de cœur que je montrai à mes compagnons le dôme se détachant sur un ciel étoile. 11 pouvait être 4 heures du matin et la nuit était complète...
Ces messieurs allèrent à l'hôtel. Mais moi, laissant mes bagages à la douane, je me mis aussitôt à parcourir les rues désertes avec enivrement. A mesure que le jour se levait, je reconnaissais chaque monument avec une joie extrême... En ce moment, tous mes ennuis étaient oubliés !
Quand le soleil fut levé, je me dirigeai vers l'Académie et allai tout droit chez Achille Bénouville, le paysagiste que je remplaçais et que j'avais d'ailleurs connu à mon précédent voyage. Il me conduisit chez ses camarades, dont je connaissais déjà plu-
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sieurs, entre autres Cabanel, Aubert1... Tous m'accueillirent avec la plus grande cordialité.
Ce jour-là justement les pensionnaires recevaient à dîner Horace Vernet, l'ancien directeur, venu à Rome pour faire les études nécessaires aux tableaux qui lui avaient été commandés sur la prise de Rome. Après le déjeuner du matin, un certain nombre d'entre eux sortit dans le jardin pour couper des branches de laurier destinées à orner le salon. Cette occupation commune me mit vite à l'aise avec mes camarades. Ces belles branches, disposées aux quatre coins du salon, avec des guirlandes de lierre entre elles, faisaient une charmante décoration... Horace Vernet fut très aimable et le repas très gai. On me présenta comme nouveau pensionnaire. « J aurais voulu, me dit H. Vernet, qu'on vous donnât la pension de quatre ans qui était vacante. »
Aucune chambre n'était libre, parce que les élèves que nous devions remplacer ne partaient qu'au mois de mai, et qu'il n'y avait de chambres prêtes que pour mes camarades attendus. On me donna alors une petite chambre qui dépend de l'appartement du directeur et qu'on appelle la chambre turque parce qu'elle à été décorée autrefois par Horace Vernet dans le style mauresque. Elle est tout en haut, placée au-dessous d'un des campaniles, à la hauteur du toit. On a de là une vue magnifique, au couchant sur la ville de Rome, et au levant sur la vallée du Tibre (côté de la villa Borghèse et de la route de Florence)2.
Quant à l'atelier qui m'était affecté, il se trouvait au milieu des bosquets de lauriers dans le jardin, au-dessus d'une ancienne glacière.
Ce provisoire a duré plus d'un an. Les pensionnaires changent du reste d'atelier, et quelquefois de chambre chaque année. La dernière, comme ils ont une grande toile à faire, on leur donne les plus grands ateliers.
Mes camarades arrivèrent cinq ou six jours après. En attendant le printemps, je visitai et leur fis avec moi visiter Rome. Puis, au mois de février, je commençai de travailler d'après nature dans les environs.
Le 5 juin (i85o) départ pour Tivoli avec Lecointe et Deveaux (le graveur) s. — Je fis là un séjour d'autant plus long que j'y tombai, le 6 août, malade d'une fièvre muqueuse. J'avais, comme d'habitude, travaillé toute la journée, et même fait trois dessins; j'avais passé la matinée dans la vallée des aqueducs au-dessus de
1 Ernest-Jean Aubert, graveur, de Paris (1824-1906), prix de Rome en i844-
2 Alfred de Curzon a fait deux études peintes de sa chambre même et un certain nombre d'autres prises des fenêtres, sur la ville et la campagne.
3 Jacques-Martial Deveaux, de Paris (1825), prix de Rome de gravure en
Tivoli, endroit humide, plein de roseaux, avec un soleil aveu-
Lecointe me dire à travers la muraille : « Viens-tu dîner? » Je réponds « oui », je me lève, et je tombe sans connaissance... Quand je revins à moi, baigné de sueur, je n'eus que la force de me traîner sur mon lit.
Quelque temps après, Lecointe venait voir ce que je devenais... Il fit chercher un médecin militaire français qui se trouvait à Tivoli avec un bataillon d'infanterie, et que nous connaissions un peu, parce qu'il avait fait quelques études avec nous... J'ignore comment il m'a soigné : du moins, il ne m'a pas tiré de sang. Je pus quitter mon lit au bout de quelques jours. Mais je fus bien longtemps à me remettre.
Ce fut un bien triste séjour. Lecointe était rentré à Rome quelques jours après ; je passais mon temps à faire des compositions au fusain. J'en donnai une à mon médecin, un très brave homme, un M. Rollinger. Ce n'est que vers le 20 septembre qu'il me laissa repartir. Plusieurs de mes camarades de Rome étaient partis pour la tournée des montagnes, dont Tivoli est la première étape. C'étaient Lebouteux, Thomas, Boulanger...
Quoique faible encore, je les accompagnai jusqu'à Subiaco, où je restai pendant qu'ils continuaient leur voyage. J'y fis plusieurs dessins et aquarelles de l'église San Benedetto.
Cette église, extrêmement pittoresque, a été construite sur les flancs d'une montagne escarpée de manière à renfermer la grotte que saint Benoît y avait habitée trente ans durant. On entre par la chapelle supérieure, qui est la plus vaste. Au fond s'ouvrent trois étages de chapelles reliées par des escaliers. A l'étage le plus bas se trouve un jardin planté de rosiers, et audessous, le rocher à pic, au flanc duquel est appliquée l'église, s'enfonce dans un ravin profond où coule l'Anieno, qui prend le nom de Teverone après la cascade si renommée de Tivoli.
Cette église est entièrement revêtue à l'intérieur de peintures des xive et xve siècles, peu remarquables mais d'un ensemble riche et très harmonieux. La disposition variée des escaliers, les contrastes de lumière et d'ombre sont très piquants.
De Subiaco, un petit garçon m'apportait mon déjeunera midi, et les bons moines y ajoutaient une demi-bouteille de vin. Ils s'intéressaient à mon travail, et l'un ou l'autre venait souvent causer quelques moments avec moi.
Je paraissais alors assez bien remis, mais je retombai malade à la fin de mon séjour. La cuisine de l'hôtel ne convenait pas à mon estomac délabré. Pourtant je trouvai la meilleure confraternité de soins chez le gendre de mon hôtelier, un peintre, M. Flacheron.
Je retournai alors à Tivoli pour revoir mon médecin : celui-ci
m'engagea à retourner à Rome pour me reposer à fond, et je le fis le soir même, non sans peine. — C'était le commencement d'octobre. Arrivé à la nuit, le voiturier, qui m'avait promis de me transporter, avec mes bagages, jusqu'à l'Académie, s'y refusa en arrivant à Rome, et je dus (aire la route à pied.
Lorsque j'entrai dans la salle à manger, j'étais si pâle, si défait et amaigri, que tous mes camarades me crurent bien mal : j'avais l'air d'un spectre. Cependant le médecin de l'Académie vint me voir, et m'obligea de rester quelques jours dans ma chambre turque. En somme, je traînai tout l'hiver. Mais je repris mes forces au printemps.
C'est à cette époque que M. Bouchaud arriva à Rome et me retrouva. — Il y avait bal, un soir, chez notre directeur, et je m'étais retiré de bonne heure, quand j'entendis frapper à la porte : c'était Bouchaud, qui avait oublié la clef de son logement et venait me demander l'hospitalité. Il s'enveloppa de son manteau et se coucha sur les divans qui garnissaient ma chambre.
Nous partîmes tous les deux en mars (i85i) pour Fiumicino. Nous prîmes le petit bateau à vapeur français qui transportait à Civitta-Vecchia les soldats malades ou en congé, et il nous débarqua à notre destination. Nous pensions avoir un grand plaisir à faire ce trajet en bateau, mais nous fûmes un peu déçus parce que les eaux du Tibre sont très encaissées et qu'on voit peu de chose.
Les habitants de Rome viennent à Fiumicino respirer l'air de la mer, en été ; au grand hôtel nous trouvâmes Félix Thomas *, l'architecte, pensionnaire, mais qui ne résidait presque jamais à l'Académie. Il avait un caractère bizarre et était venu là préparer son dernier envoi. Il était accompagné de son camarade Desbuissons. Ils faisaient tous deux alterner le travail et la chasse.
Félix Thomas avait eu une singulière existence. Reçu à l'Ecole Polytechnique, il en était sorti fruit sec, s'était alors fait recevoir à l'Ecole des Beaux-Arts, et avait eu bientôt le prix de Rome. Il était aussi habile et intelligent que bizarrre... Il fit partie d'une expédition dans la Babylonie dirigée par M. de Fresnel et dont était M. Oppert. Très mal ordonnée, cette expédition se trouva dissoute par la mort de M. de Fresnel en Babylonie. Thomas revenait seul, lorsque, passant par Mossoul, il y rencontra M. Place, consul de France, qui faisait alors faire des fouilles et fut fort heureux d'utiliser la science de l'artiste. Plus tard, dans la publication de son ouvrage, ce M. Place parla le moins possible de son collaborateur : et cependant Thomas avait fait tous les dessins d'architecture. C'était un bel homme, robuste et d'une tête superbe. Il dessinait très bien. N'ayant aucune ambition, il a fini par se retirer à Pornic, son pays natal,
1 Félix Thomas, de Nantes (1815-1875), architecte, peintre de paysage et graveur. Entré à l'Ecole des Beaux-Arts en i838, prix de Rome en 1845.
auprès d'une de ses sœurs, et se mit au paysage. Il est mort en 1875 d'un anthrax mal soigné.
DeFiumicino, Bouchaud et moi, nous allâmes gagner Ostie, où nous logeâmes dans une auberge des plus primitives. L'hôte était fabricant de saucisses, et pour parvenir à notre chambre, il fallait traverser une pièce remplie de saucisses pendues à des ficelles, et se baisser pour passer dessous. Quant à notre chambre, elle n'avait pas de plafond, mais des tuiles pour toute couverture, et en si mauvais état qu'on voyait briller les étoiles entre les fentes.
D'Ostie nous allions dessiner à Castel Fusano, vaste villa au milieu d'un bois d'immenses pins parasols et de chênes verts...
Nous fûmes de retour a Rome le 29 mars, mais pour repartir bientôt à pied (le 2 avril), pour l'Isola Farnese. Nous demeurâmes sur la route de Florence, dans l'auberge del Fosco : construite clans le creux d'un étroit et sombre ravin, c'était un vrai coupe-gorge, et assez émouvant. Nous allions de là à l'Isola Farnese et aux environs. Mais nous revînmes h Rome au bout de quelques jours.
Nous limes encore un semblable petit séjour d'une semaine, vers le 25, a Lunghezza. Puis nous entreprimes une tournée plus sérieuse (au commencement de mai), par la voiture, en visitant Valmontone, Cori, Gensano, Fondi; dans tous ces endroits, nous nous arrêtions plus ou moins pour travailler. De là, à Mola di Gaéte, que je connaissais déjà et dont j'avais conservé le meilleur souvenir.
Nous y restâmes une dizaine de jours avant de gagner Naples, où nous arrivâmes vers le 23 mai, Bouguereau y était : c'est là que commença entre nous une longue et intime communion de travail. Ensemble nous dessinions au Musée, d'après les marbres, ensemble nous faisions des aquarelles d'après les peintures de Pompéï. Puis nous allâmes successivement à Sorrente, àVico, à Castellamare.
A Vico, on nous avait donné l'adresse dune maison de jardiniers tout ombragée et cachée dans un bouquet d'énormes oliviers et de vignes qui grimpaient au travers. Malheureusement, il y avait très peu de place, et elle était prise. Nous dûmes monter dans la ville même, tandis que toutes les études à faire étaient au bord de la mer. Du moins nous avions un petit domestique pour porter nos bagages. Nous l'avions pris à Sorrente, il nous avait suivis à Vico et aurait voulu toujours nous suivre. Comme nous ne pouvions nous charger de lui, nous le confiâmes à un voiturier, avant de partir pour Capri : nous sûmes plus tard qu'il avait pleuré tout le temps.
Nous avions pris, à Castellamare, une barque à deux rameurs, pour gagner Capri, et nous ramâmes nous-mêmes tout le temps, pendant quatre heures. Nous rencontrions sur le chemin de grandes barques napolitaines, avec une vingtaine de rameurs,