INTRODUCTION VII
titue, sur le champ, l'écolier de Louis Gabat. Le fait a, dans sa vie, une véritable importance.
Nous nous figurons malaisément aujourd'hui le prestige de Cabat au regard de la jeunesse d'alors. Beaucoup voient en lui simplement l'un des types du « peintre de paysage historique ». Ses contemporains l'envisageaient tout autrement et saluaient en lui un naturiste fervent. Il est certain qu'à s'en tenir à ses petites toiles, on ne saurait lui refuser une sympathie que ne commandent point les plus grandes. Gabat, peignant en petit et d'après nature, apportait en son travail une finesse d'observation et une précision de rendu promptement exclues de ses peintures composées, d'ambitieux format. Mais, du moins, après avoir fait copier par ses disciples quelques dessins et quelques menues études, il leur conseillait de se pencher surtout vers le réel. Alfred de Gurzon profita du conseil largement, sans renoncer, d'ailleurs, à puiser à toutes les sources favorables à son imagination.
Ses lectures, ses pensées, ses curiosités de ce temps-là témoignent d'une période d'évolution troublée où les disparates s'entremêlent. Classique d'éducation, le romantisme l'intéresse à plus d'un égard. Des Vies d'artistes de Vasari, des poèmes d'Homère, de la Divine Comédie de Dante, de la Bible, des Contes d'Hoffmann, de Y Ahasvérus de Quinet, qui lui cause « une sorte de délire », du Génie des Religions du même auteur, de la Poésie des Hébreux de Herder, des livres de Lamartine, il tire avec bonheur des sujets à dessiner et à peindre. Il va jusqu'à concevoir une composition d'après les Parques s' enivrant de Béranger. Une représentation du Macbeth de Shakespeare l'attire à l'Odéon, et ce n'est pas la faute du chefd'œuvre s'il en sort mécontent. Il voit jouer YAngelo tyran de Padoue de Victor Hugo sans révolte aucune. En peinture, son admiration pour Ingres ne le prive point