‹ Alfred de Musset; documents inéditsChapitre 19 sur 32 · LE SANO POUR TROIS KT LE TROIS POUR CENT · texte numérisé non relu

LE SANO POUR TROIS KT LE TROIS POUR CENT

A certain prince qui voulait

S'encanailler dans la finance.

Son futur beau-père disait :

«c De i'bonneur de votre alliance

« Je suis vraiment très satisfait.

« Mais votre faubourg est sévère,

a Et notre famille est d'un sang

a Que cbez vous l'on u'eslime guère .

a — Ce scrupule est une misère 1

« Dit le prince en se rengorgeant.

a J'ai du sang pour trois, cher beau-père 1

« — Alors terminons cette affaire,

a Mon prince, j'ai du trois pour cent (i) » I

i) Vers inédits communiqués par M. Roger de Beauvoir, fils.

LU CAUARADKS

Les quatrains suivants ne sont pas de moins bonne qualité :

SUR MIGNKT

Mignet fil en petit ce que Tbiers étendit. Au même prix tous deux on les vit paître. Or, si Migoct n'est que Tbiers en petit, On peut penser ce que Mignet doit être.

st;n u. THiKHS

En i;tos bouquins ce petit phénomène

Fit rhistoire de son pay«.

A l'Institut on ne l'eût pas admis

S'il avait fait la sienne.

sun VICTOR cousm Victor Cousin, je bénis ton martyre, Et cet index qui maudit tes écrits.

Car le pape i coup sur nous aurait mieux punis En nous ordonnant de les lire.

Celui-ci non plus. Rouer de Beauvoir l'improvisa, un soir de bal à l'Opéra, en entendant un domino lui crier : « Bonne nuit, Roger I »

Votre souhait va bien me chac^ner :

Entre nous, convenez qu'il n'est pas fort honnête, Nous n'aimons pas qu'on nous souhaite Ce que l'on pourrait nous donner (i).

Il paraît qu'à la fin de sa vie il avait rempli plusieurs centaines de carnets de quatrains, de distiques et dépiarramraes sur les uns et les autres, amis et ennemis. J'ai vu quelques-uns de ces petits carnets de poche chez son fils, et ce que j'en ai lu me fait regretter vivement que toute cette menue monnaie d'une frappe si originale et si fine n'ait pas été recueillie et mise en circulation (2). Cela ferait plus pour la

(1) Les quatrains ci-dessus sont également inédits. (3) Voici quelques cpla:ranQmes de lui que je trouve dans les Romanciers et Vivears, de Philibert Audebrand :

Un jour qu'il était allé voir Dumas, il écrivit^ eo son absence, pour

l-yS ALFUED de MUSSliT

mémoire de ce « Musset brun », comme on l'appelait encore, que tout ce qu'on a publié de lui et que ses démêlés retentissants avec M'^« Doze, sa femme (i).

Car, après avoir bien noce et mançé le plus clair de son bien, il voulut se ranger, lui aussi, à l'exemple de Gultinç^uer, son ami et compatriote. Mais il n'eut pas la main heureuse, et si l'actrice qu'il épousa était jeune, jolie, pleine de talent, elle n'était pas plus faite que lui pour le mariage. D'où querelle à bref

lui tenir lieu de carte de visite, le quatrain suivant sur le carnet de sa cuisinière :

Sur ce carnet Dumas écrit Chaque jour tout ce qu'il dépense; Mais il n'y mettra pas, je {>ense.

Tout ce qu'il dépense d'esprit.

En 1848, Crémieux était en butte à toutes sortes d'attaques de la part des réactionnaires. Pour ne pas être en reste, Koger de Beauvoir lui décocha ce trait :

Un bruit, que je crois conlrouvé, Se répand dans la capitale :

On dit que Oémio.ux s'est lavé. — Mon Dieu 1 que l'eau doit <*lre sale ! Nestor Roqueplan avait 1* manie de collectionner les bassinoires. D'où ce distique de Ko^er :

Quand Nestor Roqueplan passera l'onde noire, Caron, l'inlorpeliant, criera : « Viens, bassinoircl » Sur un auteur dramatique qu'on rencontrait partout, mais qoi,partout, n'avait que des demi-succès :

A [ncclot] ne sait que rater.

Il a raté r.Xcadémie ; Il a raté la Comédie ;

Rue de Chartrc (le Vaudeville) il ne peut rester, Malgré le désir qui l'enflamme, Lt, le soir, il rate sa femme.

Sur l'hôtel de la Païva, aux Champs-Elysées :

Quand donc finira-t-on ce bel hôtel d'albAtre? La Païva, pourtant, ne manque pas de plâtre. Enfin voici un disti(]ue quelque peu macabre sur la mort lras:ique de ce pauvre Gérard de Nerval qui fut un ami de Roger. Ce distinur luéilit m'est communiqué par son fils :

Dans de méchants garnis toujours las de coucher, Ton corps s'ennuyait tant que tu dus l'accrocher, (i) M"« Dore (Eléonore-Léocadie) était née à Hennebont (Morbihan) le ao octobre 182a. Elle mourut à Paris le 3o octobre 1869.

LKS CAMARADES

délai, injures et sévices, puis séparation amiable, suivie d'une guerre de papier timbré qui ne dura pas moins de six ans. Mais le coup qui fut le plus dur à ce joyeux compag-non de la Bohême dorée, ce fut d'abord la défense qui lui fut signifiée un jour, en vertu d'un jugement, de garder ses enfants avec lui; ce fut surtout la perte de sa tille, morte à i5 ans, le i8 novembre 1861. L'arrêt du tribunal lui inspira de belles strophes dont celles-ci :

A MES KSVXttn

Ce matin encore, — oh ! moi, votre père. Je soQi^eaîs ù vous, cnfauLs dclaisst^, Je révais pour vous un sort plus prosprrcî... Toul d'uo coup j'ai lu vos trois noms tracés

Dans un long arrêt qui me fait défense De vous promener jamais avec moi.

— Mes fils à mon bras c'est donc une offense?

— Vous pourrez les voir... me répond la loi.

Cette loi, jamais la bouche d'un père Ne la pronoiii;a ; les lii^res blottis, La içueule sanirlante, en leur noir repaire Sortent librement avec leurs {>elits.

M'a-t-on vu fl<>lrir vos lis et vos roses ? Ai-je détourné vos resrards de Dieu?

Vous ai-je caché ses splendeurs écloses? A ce nom de père ai-je dit adieu?

Lorsque vous cherchiez en vain votre mère, \'i>us ai-je pas dit qu'elle était au ciel ? N'ai-je pas porté ma douleur amère ?

A moi le poison, mais à vous le miel !

Le miel? (ju'ai-je dit? Ah ! l'on vous mesure L'air et le soleil. . . tout cela sans moi ! Sans moi vous serez heureux, on l'assure. Heureux! ce mot- là n'est pas dans la loi!

{Septembre iS4q.)

Dix ans plus tard, passant devant le château de Ghillon, le souvenir de sa fille lui arracha ce cri de

|8o AIKKED DE MUf-StT

douleur que je trouve dans les Meilleurs fruits de mon panier :

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