PLAINTE AMOUREUSE
Est-il tourment plus riçroureax ^ue de brûler pour une Belle, Sans oser déclarer ses feux ?
H«flas ! tel est mon sort affreux. Oiinique je sois tendre et fidèle, Lospoir, qui des plus malheureux.
Adoucit la ppînr mortrl!.-',
.Ne NiKr.ii' l'iix ;
l.l iii.i (•(■■ '.'
^ue celle à qui tc-iidcnt .
Lira ce récit amoureux.
Sans savoir qu'il est fait pour elle (I).
Arvers avait-il lu ce rnadriçal de Cocquard? On serait tenté de le croire. Mais son sonnet en diffère tellement par le ton qu'il ne faut voir là qu'une simple rencontre. On ne saurait douter, par exemple, de la réalit»^ du sentiment qui y est exprimé. Arvers, ne l'oublions pas, avait perdu, quelques années auparavant, celle dont il avait voulu faire la compagne de sa vie, et il était demeuré sous le coup de celle perte. Quand il connut Marie Nodier, peut-être relrouva-t-il en elle quelques-uns des traits ou des charmes de la morte. Marie était si accueillante, si spirituelle ! Son père avait beau lui dire qu'il manquait un sou de chandelle dans tout ce qu'elle faisait (2), il lui en restait assez pour enflammer les jeunes cœurs qui tournaient autour d'elle dans les salons de l'Arsenal. Non
' ' " ' ' ■ Musset a peint, de son côté, cette situation dans cette ce A Ninon, qui est postérieure de plusieurs années au
J'aime, cl je sais répondre avec indifférence. J'aime, et rien ne le dit ; j'aime et seul je le sais ; Et mon secret m'est cher, et chère ma souffrance ; Et j'ai fait le serment d'aimer sans espérance. Mais non pas sans bonheur ; — je vous vois, c'est assez. {■2] Lettre inédite de Marie Nodier à Guttingner.
seulement elle valsait à ravir, mais elle avait une voix de contralto magnifique et chantait avec beaucoup d'âme les poésies qu'on faisait pour elle; un de ses grands succès de chanteuse était la Captive, de Victor Hugo, mise en musique par Keber. Dès lors rien d'étonnant à ce que Félix Arvers fût devenu amoureux de cette jeune muse. Par malheur, elle n'était plus libre quand il lui fut présenté par Paul Foucher. Elle avait donné son cœur à M. Mennessier, son mari, et elle était trop honnête pour le partager et trop heureuse pour le reprendre.
Le 12 janvier i83o, Nodier écrivait à son ami Weiss (i) :
« Ma fille se marie le 9 février. Il me semble presque que le mariage de Marie ne peut se faire sans toi. Tu n'as plus que deux cérémonies à voir dans la triste histoire de mon passage sur la terre. Je te dispense d'être à l'autre, qui ne sera jamais assez obscure à mon gré.
« ,1e ne m'oppose pas au cadeau que lu te proposes de faire a l'épousée, moyennant qu'il ne te gêne point , mais c'est ici qu'il faut venir faire tes arrangements, comme tu me l'as promis. Sa mère t'indiquera alors ce que lu peux lui donner. En attendant, lu peux pour elle bien davantage : l'état de Jules (2) n'est pas
(1) C'était un compatriote de Nodier, qui fut longtemps conservateur de la bibliothèque municipale de Besançon.
^a) Ferdinana-Jules Mennessier t'tait né À Nancy, le i3 avril i8oa. C'était le second fils de Louis-François- Dominique Mennessier. directeur des contributions directes en cette ville, il avait été préscnti' à Charles Nodier par un de ses frères, qui était peintre et fréquentait l'Arsenal. Au moment de son mariante (le 17 février i83o, et non le 9, comme le disait Nodier à Weiss), il était employé au ministère de la Justice. Ce n'est qu'après la mort de son bcau-pcre qu'il entra dans l'administration des finances. Il mourut à Fonlenay-aux-Roses, le 6 mars 1877. (Noie de Mademoiselle Mennessier- Nodier.)
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fixé, mais je suis sûr qu'il est très bien vu du ^arde des sceaux, qui laisse dans ses attributions des affaires très confidentielles, et qui adopta constamment toutes ses rédactions. Or, le c^arde des sceaux peut le rendre heureux à jamais par un acte de sa volonté qui resterait irrévocable. La place de référendaire aux sceaux est à sa nomination. Celte place, dont le personnel n'est pas limité, n'a jamais demandé plus de sujets qu'aujourd'hui, à cause de l'ordonnance sur la noblesse qui rapporte beaucoup de fonds à la chancellerie (i). »
On aurait bien surpris Charles Nodier si on lui avait dil, vers 1825, quand l'Arsenal était le rendezvous de toute la jeunesse littéraire, que Marie épouserait un autre homme qu'un poète. Mais la fortune se plaît à déjouer nos combinaisons et nos desseins. D'ailleurs, si le rêve de Nodier n'avait pas été réalisé pour ce qui touchait à l'état de son gendre, il l'avait été pleinement pour ce qui touchait au bonheur de sa fille, — et c'était le principal, voire l'unique affaire à ses yeux. — Deux ans après ce mariage, il écrivait de Metz, où le choléra l'avait obligé de chercher un refuge, qu'il avait acquis là une des plus douces impressions de sa vie, la certitude qu'il n'existait pas de plus honnêtes gens que ceux à qui il avait confié son enfant :
« C'est une tribu de patriarches tombée du désert au milieu de nos fiabylones et qui a l'atrocité de croire en Dieu et en la vieille France. La civilisation est encore bien arriérée chez la respectable M™^ Mennessier, rue de la Crête, 19, où tu as le temps de m'a-
( I ) Lettres inédites à Wciss.
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dresser une lettre avant mon départ, qui n'aura pas lieu avant les premiers jours de mai (i). »
Au surplus, le mariage, bien loin d'étouffer chez Mme Mennessier-Nodier les sentiments et les goûts artistiques, ne fit que les développer, et ce fut une véritable joie pour son père d'apprendre à Weiss, au mois de décembre i83o, que sa fille s'était trouvé un nouveau talent dont il ne se doutait guère jusque-là :
« Elle fait des vers, dont je n'ose juger, mais qu'on m'a fait lire pendant quelques jours pour des pièces inédites d'André Chénier, et qui m'ont paru admira blés. Son mari souhaite un peu trop, à mon avis, de faire graver ses mélodies pour le piano. Elle compose un recueil bien exécuté sous le titre : Mélodies mélodiques, que tu pourrais faire annoncer dans le journal, si tu en avais un, avec quelques mots de bienveillance. »
J'ouvre le Perce-Neige, qu'elle publia, en i836, chez HeidelofF et Campé, i6, rue Vi vienne, en collaboration avec tous les poètes obscurs ou célèbres de l'Arsenal, et j'y cueille cette pièce :
POUa ENDORMin MA FILLE
Tous les petits oiseaux du bois Ont caché leur léte à la fois
Sous leur aile ; Tout les petits enfants aimés Ont éteint de leurs yeiLx fermés
L'étincelle.
Les marg^uerites dans les prés.
Les alouettes dans les blés,
Tout repose Et dort maintenant comme vous, O mon oiseau joyeux et doux,
O ma rose !
(i) Lettres inédite» à Weitt.
LES CAMARADKS 2l5
Mais ce p^'-rr» •>!■' <"^[»endu Mai proi iti,
Les neliu oi> yés
Que le vent l'i^... illés
Font silence.
Car leur mère, ù ma 1 it.
Ce malin, H'un vol tri ivée.
Cherch.'i loug du chemin
De quoi licor demain
Puis un faucheur qui revenait, Tandis qu'au cliamp elle glanait.
L'a surprise.
Gémissant sur son cher trésor Abandonné si fréle encor
A la bise.
Près du petit nid isolé.
Tout ref * désolé,