‹ Alfred de Musset; documents inéditsChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE VI SES IDÉES RELIGIEUSES. — LA SŒUR MARCELINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI SES IDÉES RELIGIEUSES. — LA SŒUR MARCELINE

I. — La mère d'Alfred de Musset. — Sa première éducation. — Son premier directeur de conscience. — L'abbé Gerbel. — Aumôniers et prédicateurs au lycée Henri IV. — M. de Salinis, l'abbé de Janson et le prince-abbé de Rohan . — Une dissertation latine de Musset sur l'origine de nos sentiments. — Les sources littéraires de la croyance, au coiuincncomont du SIX*" siècle. — Le Génie du Christianisme et •>'• La crise religieuse de Sainte-Heuve. — Indifii oi en matière religieuse. — Ce qui l'empêcha de se suicider. — Le Criicijîx, de Lamartine. — Un souvenir de Venise. — Influence de M'"» de Castries sur Alfred de Musset. — Rapports de Sainte-Beuve, de Balzac, Janin et Guttinguer avec elle. — Une lettre d'elle sur Volupté. — Comment Alfred de Musset fit sa connaissance. — Ce qu'il lui écrivait, en i8/|0, sur le doate et la sœur Marceline.

II. — Nom et prénoms de famille de cette sœur du Bon-Secours.

— Son extrait de naissance. — La ville de Bouloq'ne-sur-Mcr.

— Une lettre de la Supérieure du couvent du Bon-Secours sur la sœur Marceline. — Témoignage et récit de Mme Lardin de Musset. — La religieuse au chevet du poète en i8'|oet \^!\l\- — M""' de Castries lui donne une Imitation de Jésus-Christ. — Le livre préféré de l'abbé Gerbet. — Les petites amphores de la sœur Marceline. — Cérémonie de la prise de voile. — Visites que lui faisait cette religieuse de loin en loin. — Vers d'Alfred de Musset sur elle. — Conversion du pianiste Herman. — Une histoire de mariage. — Derniers vers de Musset.

— Sa dernière maladie. — Une lettre du R. P. de Ravignan.

— Pourquoi n'envoya-t-on pas chercher ce révérend père ? — Ce qu'on mit dans le cercueil du poète après sa mort. — Un souvenir de la sœur Marceline.

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J«' Il emr . pas ici de faire d'Alfred de Musset

un de ces i s de la dernière heure pour qui le

Ciel illumine. Je n'aime pas assez le paradoxe pour cela. Je voudrais seulement montrer que, dans le cours de sa vie si peu édifiante, il ne fut, en matière de religion, ni un indifférent, ni un adversaire ; comment, à certaines heures, sous des influences diverses que je crois avoir démêlées, le chrétien qui dormait en lui s'éveilla et s'éleva d'un seul coup jusqu'au pané- ; et enfin que, lorsqu'il s'éteignit, à quaranteiy^^.y ...iS, « le fruit de son âme » était si mûr qu'il serait tombé de lui-même dans la main du prêtre qui aurait été appelé à le cueillir.

El d'abord, s'il y eut des mécrcanl.s el des iinertins dans la famille du poète, il y eut aussi des croyants et de bons chrétiens (i), et je ne vois pas pourquoi i' h tout pris aux uns et rien aux autres. Son

I lit un philosophe dans toute Tarception du

mot, mais il n'avait guère plus de goût pour Voltaire que n'en avait J.-J. Rousseau, dont il a écrit une Vie

(i) Je rdcTp, en effet, dâosla généalogie des Musset, an certain nombre de rt!l-!f i:srs. une r'in;,oInesse qui ne fut pas tendre pour Alfred, '"' iir -GvT. que -M"« de Maintenon, dans sa

corr U' Bonnaoenlare, à cause du manoir de

la li> ùu. elle claU uee.

C'f Mans la branche des Musset, marquis de Cogners, qu'il

= -" >ir dresser une liste de personnes pieuses. L'un de ces Mus-

Alexandre-Marie, après avoir fait ses éludes chez les Orato- "f "'ine, se siçnala par ses excellents principes pendant la i!onnaire. Pour combattre les idées matérialistes qui : cours, il publia une brochure intitulée le Triomphe de Ui Jieitf/îon, qu'il répandit dans toutes les campas^nes du Vendômois et du Maine. Sa femme et sa tille étaient la Prondencedes pauvres, et le château des Ck>gners la maison du bon Dieu.

excellente; et c'est probablement à l'aversion de son

père pour Arouet que nous devons l'apostrophe

fameuse de Rolla :

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encor sur tes os décharnés?...

Sa mère, sans être une catholique fervente, avait plus que des sentiments religieux ; elle connaissait le chemin de l'église et, dans les g-randes circonstances, elle approchait des sacrements. Or, il est bien rare qu'un poète n'ait pas l'âme de sa mère. C'est elle qui apprit à ses enfants à joindre leurs petites mains et à s'agenouiller, matin et soir, au pied de leurs lits; c'est elle qui, lors de la première grande maladie d'Alfred, le confia aux soins d'une sœur du couvent du Bon- Secours; et l'on peut être sûr que, si elle avait été près de lui quand il mourut, il serait mort chrétiennement»

Chose remarquable et dont personne ne s'est encore avisé, Alfred de Musset avait eu la chance — car c'en était une — de faire sa première communion sous la direction d'un ecclésiastique qui, partout où il a passé, a laissé une trace lumineuse. J'ai nommé l'abbé Gerbet. Sainte-Beuve, qui l'avait connu, en 1824, au Mémorial catholique y quand lui-même débutait au Globe (i), et qui lui resta fidèle malgré tout, Sainte-Beuve en parle, dans ses Causeries du lundi {'2), comme d'un Fénelon qui n'aurait pas bataillé contre Bossuet. Et le fait est qu'il n'était pas batailleur de sa nature. Lorsque Lamennais, dont il fut un des premiers et des plus chers disciples (3), sortit de l'Eglise,

(1) Ces deux journaux s'imprimaient me du Colombier, à l'imprimerie Lachevardiere, qui avait pour proie Pierre Leroux.

(a) T. VI, p. 378.

(3) « Cire molle empreinte du cachet du mattre »,disait de lui L.acordairc.

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l'ahlié Gerbet ne rompit aucune lance contre lui, n'avant pas le cœur à cette besogne ingrate, mais cette sortie retentissante lui causa un tel ébranlement qu'il éprouva le besoin de s'appuyer plus fortement sur le bras d'un ami (i). Cet ami-là fut M. de Salinis. Il ne le quitta — vinçt ans après — que pour monter sur le siècle épiscopal de Perpignan, M. de Salinis étant depuis longtemps évêque d'Amiens. Ordonnés prêtres ensemble, la Providence avait voulu qu'ils fussent nommés en même temps aumôniers au lycée Henri IV. .Mais de même qu'ils n'avaient ni le même tempérament, ni la même nature, ils n'avaient pas non plus la même manière de catéchiser les jeunes âmes dont on leur avait confié la direction spirituelle. M. de

(i) Il ne se sépara de Lamennais qu'après l'encyclique Singalari nos

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