L ARSENAL ET U
i- aux pii
ip pleur* r, dire I Pni-» le cœur s'aperçoil qu'il est devenu vieux, ; .! s'en \;i ;
Le ;'i demi, I illeur qui nous reste esl un ancien ami.
> brouille, on se fuit. — Qu'un hasard nous rassemlilc,
pproche, on sourit, la m, la main,
: iarchions ensemble,
duc l'Ame est immortelle, el qu'hier c'est demain !
J'i avril 1843.
Sept ans après, Alfred de Musset, ayant posé sa candidature à l'Académie Française (i), recevait de Vic- ) ce petit billet qui le payait avec usure : i vôtre de la tète aux pieds. Je voterai effron- ;it pour vous à la face de tous les Falloux et de - Montalembert possibles. »
lit de rompre, dans un discours retentissant, avi mis de la rue de — et même avec le Prince- Président. Musset rait rien, ne s'occupant pas de politique. Il l'apprit d'une façon qui lui tut assez désagréable. Le tin d'une représentation de Marion Delorme au i . étant allé en soirée à l'Elysée, il irocha du Prince Louis-Napoléon et lui dit, pensant lui faire plaisir: « Monseigneur, j'ai vu votre Ali- '.' irion Delorme. — J'y étais, en effet, pour bés ! 0 répondit le Prince. Vainement Musset, qui nti l'épigrami défendre Victor lent tourna les talons, sans en dire
I le aO mars i8.">o qu^ Mouet liri^rua pour la première fois les suffr.i 1 roix, mais hi qualité rem-
plaçait la qu«nt!: Iles M Lamartine, Victor HogO,
Alfred de Virny, Eu:. >r Cousin II ne fut élu qu'au ni
férricr i85j.
ALFRED DE MUSSIiT
Vint le coup d'État. Cette fois Musset agit en connaissance de cause. Il était académicien depuis le mois de février i852. Quelques jours après sa réception — j'emprunte cette anecdote à M. Jules Glaretie qui la tenait probablement de Victor Hugo (i) — il arrivait à l'Institut et demandait, au moment où le président allait ouvrir la séance:
— Pardon, monsieur le président, est-ce que Victor Hugo est là ?
On devine l'attitude du président.
— Non ? il n'y est pas ? disait Musset. Alors je m'en vais.
Et il se retirait aussitôt.
— Et pourquoi vous en allez-vous de l'Académie? lui demandait-on.
— Parce qu'il n'y a personne ! répondait Musset. Ce n'était pas très flatteur pour ses autres confrères, mais ça l'était joliment pour Victor Hugo.
Comment donc se fait-il que Victor Hugo, dont j'ai déjà rapporté sur Musset un jugement aussi sévère qu'injuste, ait dit devant moi — un soir que j'avais l'honneur de dîner à sa table: « Le théâtre de monsieur de Musset — et il fallait l'entendre appuyer sur le mot Monsieur! — n'est pas plus sérieux que le reste de son œuvre. Ce sont des bulles de savon qui crèvent au moindre vent »?
C'est que l'exil avait aigri Victor Hugo contre ceux de ses anciens camarades du Cénacle, qui avaient servi ou seulement accepté l'Empire, et qu'il n'admettait en littérature que ce qui ne lui portait pas ombrage. Or, Alfred de Musset avait fait le Songe d'Auguste, peu
(i) Victor Hugo. Souvenirs intimes, p. 2 3g.
»ie temps iprès le cou;. d'Etal i .et l'on jouait, à la lin delà vie d'Hugo, plus souvent le Caprice et On n.badine • C amour yo\ie Ruy~B 'htmi ou
U Roi t'amuse, lequel fit une si belle chute, eu i884, : i ii v"a\ isa de !'• reprend Cela, Victor Hum» ne pouvait pas le pardonner à Musset, avec son caractère rancunier et jaloux.
--et ne connut jamais ces hauts et ces bas, ces irts et ces retours à longs intervalles, dans ses relations littéraires avec Alfred de Vigny. A peine lui avait-il été présenté, qu'il se sentit attiré vers lui de charme, et nous verrons tout à l'heure que, do côté de Vigny, ce fut la même chose. Ils n'avaient pourtant ni le même tempérament ni la même nature, mais ils étaient aussi entichés l'un l'antre de leur noblesse, et aussi gentilshommes 3 leur manière d'être et d'agir. Et puis le poète cherchait pas à conquérir ceux qui repliaient, par la force ou par la domination, comme »r Hugo. Ii avait beau avoir ouvert de nouix chemins à la poésie et au roman, il laissait à l le soin de lui rendre justice. Sans compter que depuis 1 3 -m. date de ses rapports avec Musset, il lit déjà bande à part et comme pyramide au sein tcle. Il avait groupé autour de lui un petit nombre de fidèles qu'il recevait régulièrement dans
lit qu'il fit ce poème, en i8.'.3, à ia prière de M. FortouI,qai payé d'avance en le nommant bibliothécaire du ministère de iction publique.
80 Al-FUED DE MUSSET
l'intimité : à savoir Brizeux, Busoni, Barbier, Emile Deschamps. Alfred de Musset se joignit à eux, à l'appel de Vigny, et fit partie avec eux de la claque à' Othello — comme il appert du billet suivant :
« Mon cher Monsieur, lui écrivait. Alfred de Musset, le 17 décembre 1829, puis-je espérer que vous voudrez bien entendre ces malheureux poèmes que je me propose de lire? Vous y trouverez de nos amis et nous ferez bien grand plaisir. Je ne puis que vous renvoyer l'exhortation que vous m'avez adressée pour Othello: Venez, brave cœur! — non qu'il s'agisse d'un danger, mais il ne s'en agit pas moins d'un secours; et c'est surtout le vôtre que j'invoque, car vous êtes aussi mon père in litteris (1). »
Retenons ce mot, il est plus juste qu'il n'en a l'air. En tout cas Vigny ne putqu'enètre flatté, etilserendit à l'invitation de son nouveau disciple. Quelle impression rapporta-t-il de l'audition des Contes d'Espagne et d'Italie ? Nous n'en savons rien, mais elle dut être assez favorable, car à ce moment-là Vigny attachait à l'enjambement et au mot propre un prix énorme. Quand parurent les Harmonies de Lamartine, il faisait devant témoins celte observation : « Il y a quelques vers enjambés dans les Harmonies, mais peu. Lamartine n'ose pas encore. Il n'ose pas toujours dire les choses par leur nom : l'eau qui sort d'une urne écumeuse, au lieu d'une bouillotte (2). » — Musset avait infiniment plus d'audace. On pouvait même trouver qu'il en avait trop.
Quoi qu'il en soit, le jeune poète fut très touché des encouragements de son père in litteris :
(1) Etude et récits sur Alfred de Musset par Mme de Janzé, p. 70.
(2) Souvenirs de Juste Olivier, p. 16.
PORTRAIl PRÉSUMi d'AlFBBD Dl Mi --m
d'après le tableau d'EoeÈNl Delacï appartenant . M. STANISLAS Mir\:rn
l'arsunal et le cln 81
• Que vous êtes bon d'être venu, lui mandait-il, le surlendemain du jour où il avait lu ses premiers poèmes en petit comité, et que je vous remercie de votre livre ! Que j'y ai vu de belles et larges pensées, si vraies, et au fond de tout un peu tristes ! Le plaisir de vous lire vaut celui de vous voir, et je me prépare l'un par l'autre i .
11 disait vrai. A partir de ce moment, Alfred de Mus set fréquenta assidûment le salon d'Alfred de Vigny, qui demeurait alors au n° 3o de la rue Miromesnil, et si en quels termes en parle Juste Olivier dans ses Souvenirs de i83o :
« A l'un de ces mercredis de M. de Vigny, où j'allais assez régulièrement, je remarquai beaucoup un très jeune homme aux cheveux blonds, à la mise très
. ante et peut-être un peu outrée : redingote col velours jusqu'à la ceinture, pantalon bleu de ciel et collant. C'était Alfred de Musset. Sa figure est belle ; traits réguliers et les yeux bleus, la barbe blonde, de belles dents, le nez bien fait ; mais tout cet ensemble, sans manquer d'expression, auraitpu en avoir davantage, a quelque chose d'un peu matériel, et me laisse l'impression d'une belle Heur cueillie et fanée avant le soir.
Alfred de Musset parlait beaucoup, et de plusieurs sujets et avec esprit. C'était un jeune homme à la mode, qui était au bal du duc d'Orléans et à qui le duc de Chartres montra ses caricatures.il a aussi ditgaiement et sans façon quelques mots de celles qu'un de ses amis a faites sur lui et sur « son point sur un i ». Après avoir parlé théâtre, tableaux, statues, il est arrivé aux boissons inspiratrices. Il est de l'avis de Hoff-
FAu.de et récits sur Alfred de Musset, par Mme de Janzé, p. 71. l. 6
mann : du vin de Champagne pour un opéra bouffe ; du vin du Rhin pour un opéra sacré ; du vin de France pour un opéra séria ; pour un opéra comme Don Juan, où le comique et le tragique sont mêlés, du punch (i). »
Hélas! ce n'était pas par ouï-dire que ce beau jeune homme parlait de ces boissons chères à Hoffmann. 11 cultivait déjà la dive bouteille, comme le prouve ce petit billet qu'il adressait un peu plus tard à Alfred de Vigny :
« Je suis comme ces femmes enceintes qui croient toujours que leur dernier enfant sera le plus beau et qui, au milieu d'une lignée de hiboux, croient avoir l'Apollon du Belveder dans le ventre; c'est ce qui fait que je n'ai point encore usé ou abusé de votre bonne et utile amitié. Je suis, hélas! en travail d'un dernier monstre que les naturalistes de la littérature expliqueront comme ils pourront et au lieu de le mettre dans un bocal d'esprit de vin, je le tire à grand' peine par les jambes d'une bouteille d'eau-de-vie. Aussitôt l'accouchement, j'espère que vous me permettrez d'en appeler à cette promesse que vous me rappelez d'une manière si aimable, et de vous voler quelques heures de poète pour les rêveries d'un oisif qui est tout à vous de cœur et d'esprit (2). »
On voit de quelle façon fut enfantée la Coupe et les lèvres.
Etait-ce le vin de Champagne, le punch, ou le vin du Rhin qui par instants lui faisaient faire mille folies? Ce qu'il y a de sûr c'est qu'à celte époque il y avait encore en lui de l'enfant, voire du gamin. « Mon
(1) Souvenirs de Juste Olivier, p. i4-
(n) Etude et récits sur Alfred de Jfussel, par Mm* de Janzé, p. 71.
l'ahsi.n vi. : i i.k du
gamin d'Alfred », disait George Sand. Voici ce que raconte .histe Olivier: « Ils ont passé la journée de dimanche, lui et un de ses amis, à ce que je vais dire. •il de Musset a mis sur sa tête une trie de mort. Au moyen d'une cravate noire et d'une grande redingote, il a <aché sa propre figure. Sur la tète de mort il a fiché un claque, et la tôle et le claque se balançaient avec un petit air coquet. Dans cet équipage, il s'est promené devant sa fenêtre. Tous les gamins du voisinage se sont rassemblés dans la cour de l'hôtel; l'ami leur a jeté de mauvaises estampes, et pendant que les gamins se les disputaient, lui et Alfred de Musset, avec une énorme seringue, les ont aspergés, tellement que plusieurs semblaient sortir d'un bain. Puis, pour finir la comédie, l'ami a lancé une seringade dans la figure d'Alfred de Musset, qui, pour se venger, a versé un verre d'eau dans le chapeau de l'ami. On a causé longtemps encore; l'ami a oublié l'eau, et en partant il s'est bravement mis sur la tète ledit chapeau et son contenu. — « Ah! que vous êtes bétel voilà un chapeau perdu ! » Et M. de Musset de rire en racontant cela; et Alfred de Vigny de rire aussi fii disant : a Voilà à quoi il passe sa vie; il vaut bien la peine d'être grand poète (2). »
Musset ne devait cesser d'être gamin que lorsque l'amour entra dans son cœur. Au lieu de se donner à Sand, que ne s'éprit-il alors d'une des belles jeunes filles qui lui faisaient risette dans les salons mondains? Alfred de Vigny avait peut-être i'idée de le marier, quand il l'attira chez ses cousines. Mais notre Pantasio en herbe se contenta d'admirer leur
(1) Souvenirs de Juste Olivier, p. 19.
grâce et leur esprit (i), trouvant plus de plaisir à papillonner autour de toutes les roses.
Mais les passions de l'amour, comme disait Pascal, ne lui firent jamais oublier les devoirs de l'amitié. Et lorsque Vigny fit représenter Chatterton, il le retrouva au parterre du théâtre parmi ceux qui battaient des mains. George Sand nous a même conservé le beau sonnet que Musset lui dicta en sortant de la représentation :
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme, Que Chatterton eut tort de mourir ignoré, Qu'au Théâtre-Français on l'a défiguré ; Quand vous aurez crié sept fois à l'athéisme,
Sept fois au contresens, et sept fois au sophisme, Vous n'aurez pas prouvé que je n'ai pas pleuré. Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme, Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai?
Je vous dirai : Sachez que les larmes humaines Ressemblent en grandeur aux flots de l'Océan; On n'en fait rien de bon en les analysant;
Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n'en aurez demain
Qu'un méchant grain de sel dans le creux de la main.
Hélas! au moment même où Chatterton allait aux nues, Vigny était sur le point d'être trahi par Kitty- Bell, tout comme Musset l'avait été par George Sand, et je voudrais bien savoir ce qu'il pensa et ce qu'il répondit, après avoir reçu, tel jour de l'année i836, ce billet d'Alfred de Musset lui demandant son appui et celui de Marie Dorval en faveur d'une belle actrice
(i) Le 6 août iS3a il écrivait à Vigny pour le remercier de la soirée charmante qu'il lui avait fait passer chez ses cousines. « Il est impossible, lui disait-il, de réunir plus de grâce et d'esprit que les aimables hôtesses à qui vous m'aviez adressé. « (Lettre inédite.)