‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 42 sur 68 · LES I · texte numérisé non relu

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qui fréquentaient le salon de l'Arsenal: Paul Foucher, Aimé Martin, A. de Beauchesne, Amable Tasiu, G. Paolhier, A.ug. Soulié, Gaspard de Pons, A. Jal, Fontaney, Fouinet, Emile Deschamps, Sainte-Beuve, Mélanie Waldor, Dumas père et Dumas fils , etc., — ut entremêlé de dessins et d'aquarelles de Taylor, 'ié et d'autres artistes, dont quelques-uns sont de petits chefs-d'œuvre.

Voici deux quatrains «le Dumas fils qui durent beaucoup amuser son père :

Je ne sais rien, ma belle brune, Que je i . ccorder.

Ta me demanderais la lune (Ju'à Dieu j'irais la demander.

.Mais si tu veux que je t'achète

bijoux moins faux que les tiens, Je te préviens que cette emplette Est au-dessus de mes moyens.

Mais les perles de ces albums sont, sans contredit,

muets de Musset écrits pour Marie et, par-dessus

tout, le sonnet d'Arvers (i). On a lu les sonnets de

Musset. Quant à l'autre, je ne puis me dispenser de le

donner ici, mais je le reproduis d'après l'original, où

remarquera deux variantes :

i âme a son secret, ma '• i'1 a son mystère, Un amour éternel en un moment conçu.

Le D ir, aussi j'ai dû le taire,

Et celle qui l'a l'ait n'en a jamais . : !. su.

• M^nnessier-Nodier.en outre de ces albums, conserve pieusement IVxemplaire relié de Notre-Dame de Paris (édition Keensake en un volume) que Victor Hugo offrit à sa mère avec le quatrain inédit que voici :

Toute chose — et c'est là notre ancre dans les flots — Appartient ici-bas à quelqu'un de là-haut, L ombre au nuage errant, à Dieu la rêverie, Aux anges les enfants, Notre-Dame à Marie.

Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu, Toujours à ses côtés et toujours solitaire ; Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre, N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'a faite bonne et tendre, Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre Ce murmure d'amour élevé sur ses pas ;

A l'austère devoir pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :

« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.

J'ai souligné les deux mots qu'Arvers a remplacés par d'autres {toujours par pourtant et bonne par douce) dans la première édition de Mes Heures perdues. A l'en croire, ce sonnet serait « imité de l'italien ». Mais j'ai idée qu'en y ajoutant ce sous-titre, qui n'existe pas dans l'album de Marie Nodier, Arvers a voulu dérouter le lecteur. J'ai fait une enquête très minutieuse en Italie auprès des professeurs les plus renommés des Universités provinciales : tous m'ont déclaré ne connaître aucune pièce ancienne ou moderne de l'école du Dante ou de Pétrarque, pouvant se prêter à une adaptation de ce genre. Ce n'est pas cependant que le sujet soit neuf. Il a été traité cent fois chez nous en vers et en prose, mais plutôt sous une forme amusante, dans des madrigaux ou des jeux d'esprit.

Ainsi, au xvni8 siècle, François-Bernard Cocquard, avocat au Parlement de Dijon, qui cultiva avec succès la poésie française et latine, a publié, en 1754, deux volumes de vers où je relève ce madrigal curieux (1) :

(1) Tome II, madrigal 1.

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PLA1NTK AMOL'RI USI

-il tourment plus rigoureux Que de brûler pour une Belle, Sans oser déclarer Bea Peux ?

Hélas I toi est mon sort affreux.

Quoique je sois tendre et fidèle, L'espoir, qui des plus malheureux,

Adoucit la peine mortelle,

saunât me flatter comme eux ; [A ma contrainte est si cruelle tjue celle à qui tendent mes vœux

Lira ce rt'-cit amoureux.

Sans savoir qu'il est l'ait pour elle (1).

Arvers avait-il lu ce madriçal de Cocquard? On serait tenté de le croire. Mais son sonnet en diffère tellement par le ton qu'il ne faut voir là qu'une simple rencontre. V>n ne saurait douter, par exemple, delà réalité «lu sentiment qui y est exprimé. Arvers, ne l'oublions pas, avait perdu, quelques années auparavant, celle dont il avait voulu faire la compagne de sa vie, et il était demeuré sous le coup de cette perte, ind il connut Marie Nodier, peut-être retrouva-t-il en elle quelques-uns des traits ou des charmes de la morte. Marie était si accueillante, si spirituelle ! Son père avait beau lui dire qu'il manquait un sou de chandelle dans tout ce qu'elle faisait (2), il lui en restait assez pour enflammer les jeunes cœurs qui tournaient autour d'elle dans les salons de l'Arsenal. Non

, 1 a red <\r Musset a peint, de son coté, cette situation dans cette sinon, qui est postérieure de plusieurs années au sonnet d Ar

J'aime, et je sais répondre avec indifférence. J'aiini-. et rien ne le dit ; j'aime et seul je lf sais ; ;ion secret mVst cher, et chère ma souffrance; Et j'ai fait le serment d'aimer snns espérance,

- non pas sans bonheur ; — je vous vois, c'est assez, lettre inédite de Marie Nodier à Guttinguer.

seulement elle valsait à ravir, mais elle avait une voix de contralto magnifique et chantait avec beaucoup d'âme les poésies qu'on faisait pour elle; un de ses grands succès de chanteuse était la Captive, àe Victor Hugo, mise en musique par Heber. Dès lors rien d'étonnant à ce que Félix Arvers fût devenu amoureux de cette jeune muse. Par malheur, elle n'était plus libre quand il lui fut présenté par Paul Foucher. Elle avait donné son cœur à M. Mennessier, son mari, et elle était trop honnête pour le partager et trop heureuse pour le reprendre.

Le 12 janvier i83o. Nodier écrivait a son ami Weiss (i) :

« Ma fille se marie le 9 février. Il me semble presque que le mariage de Marie ne peut se faire sans toi. Tu n'as plus que deux cérémonies à voir dans la triste histoire de mon passage sur la terre. Je te dispense d'être à l'autre, qui ne sera jamais assez obscure à mon gré.

« Je ne m'oppose pas au cadeau que tu te proposes de faire à l'épousée, moyennant qu'il ne te gêne point , mais c'est ici qu'il faut venir faire tes arrangements, comme tu me l'as promis. Sa mère t'indiquera alors ce que tu peux lui donner. En attendant, tu peux pour elle bien davantage : l'état de Jules (2) n'est pas

(1) C'était un compatriote de Nodier, qui fut longtemps conservateur de la bibliothèque municipale de Besançon.

la) Ferdinand-Jules Mennessier était né à Nancy, le i3 avril 1803. C'était le second fils de Louis-François-Dominique Mennessier, directeur des contributions directes en cette ville. Il avait été présenté à Charles Nodier par un de ses frères, qui était peintre et fréquentait l'Arsenal. Au moment de son mariage (le 17 février i83o, et non le 9, comme le disait Nodier à Weiss), il était employé au ministère de la Justice. Ce n'est qu'après la mort de son beau-père qu'il entra dans l'administration des finances. Il mourut à Fontenay-aux-Roses, le 6 mars 1877. (-Note de Mademoiselle Mennessier-Nodier.)

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ti\é. mais je suis sûr qu'il est très l»ien vu du carde des sceaux, qui laisse dans ses attributions dos affaires 1res confidentielles, et qui adopta constamment toutes ses rédactions. Or, le garde des sceaux peut le rendre heureux à jamais par un acte de sa volonté qui resterait irrévocable. I.a place de référendaire aux iix est à sa nomination. Cette place, dont le personnel n'est pas limité, n'a jamais demandé plus de sujets qu'aujourd'hui, à cause de l'ordonnance sur la noblesse qui rapporte beaucoup de fonds à la chancellerie (i ). »

On aurait bien surpris Charles Nodier si on lui avait dit, vers 1825, quand l'Arsenal était le rendezvous de toute la jeunesse littéraire, que Marie épouserait un autre homme qu'un poète. Mais la fortune se phiît à déjouer nos combinaisons et nos desseins. D'ailleurs, si le rêve de Nodier n'avait pas été réalisé pour ce qui louchait à l'état de son gendre, il l'avait été pleinement pour ce qui touchait au bonheur de sa fille, — et c'était le principal, voire l'unique affaire à ses yeux. — Deux ans après ce mariage, il écrivait de Metz, où le choléra l'avait obligé de chercher un refuge, qu'il avait acquis là une des plus douces impressions de sa vie, la certitude qu'il n'existait pas de plus honnêtes gens que ceux à qui il avait confié son enfant :

« C'est une tribu de patriarches tombée du désert au milieu de nos Babylones et qui a l'atrocité de croire en Dieu et en la vieille France. La civilisation est encore bien arriérée chez la respectable Mmc Mennessier, rue de la Crête, 19, où tu as le temps de m'a-

/. titres inéd.tes à Wciss.

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dresser une lettre avant mon départ, qui n'aura pas lieu avant les premiers jours de mai (i). »

Au surplus, le mariage, bien loin d'étouffer chez Mme Mennessier-Nodier les sentiments et les goûts artistiques, ne fit que les développer, et ce fut une véritable joie pour son père d'apprendre à Weiss, au mois de décembre i83o, que sa fille s'était trouvé un nouveau talent dont il ne se doutait guère jusque-là :

« Elle fait des vers, dont je n'ose juger, mais qu'on m'a fait lire pendant quelques jours pour des pièces inédites d'André Chénier, et qui m'ont paru admira blés. Son mari souhaite un peu trop, à mon avis, de faire graver ses mélodies pour le piano. Elle compose un recueil bien exécuté sous le titre : Mélodies mélodiques, que tu pourrais faire annoncer dans le journal, si tu en avais un, avec quelques mots de bienveillance. »

J'ouvre le Perce-Neige, qu'elle publia, en i836, chez Heideloff et Campé, 16, rue Vivienne, en collaboration avec tous les poètes obscurs ou célèbres de l'Arsenal, et j'y cueille cette pièce :

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