‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 43 sur 68 · POUR ENDORMIR MA FILLE · texte numérisé non relu

POUR ENDORMIR MA FILLE

Tous les petits oiseaux du bois Ont caché leur tète à la fois

Sous leur aile ; Tout les petits enfants aimés Ont éteint de leurs yeux fermés

L'étincelle.

Les marguerites dans les prés, Les alouettes dans les blés,

Tout repose Et dort maintenant comme vous, O mon oiseau joyeux et doux,

0 ma rose !

(i) Lettres inédites à Weiss.

lulll

Mal protégé, mal défendu, Se balai

Mue le vent froid a r . dl ta

Car leur mère, ô ma belle enfant.

Ce matin, d'un vol triomphant,

Chercl lu chemin

De quoi nourrir encor demain Sa COU1

m faucheur qui revenait.

Tandis qu'au champ clie glanait, L'a surpi i

lier trésor . >nné si frêle encor A la

Près du petit ni Tout refroidi, tout dé Le vent gronde.

•ilis : Hélas !

i)ieu, ne me retirez pas De ce monde.

Car vous m'avez aussi donné -or couronné De t Et si votre main la défend,

l'amour triomphant \iresse.

moi qui baise son sommeil.

C'est moi qu'elle trouve au réveil

illée :

Bientôt pourtant si je mourais,

Ou) .

Ingrats qui nous font tant souffrir, Toujours trembler, souvent mourir

Avant 1*1 1 ! oubliez vite un liv;

Anges aereins qui n'aimes pas Quand on pleure.

2l6 ALFRED DE MUSSET

Ainsi vont toutes mes chansons S'accrochant aux plus noirs buissons

Par les ailes, VA ramenant parmi les fleurs Les nids perdus, et les douleurs

Maternelles.

Ce sont là des strophes charmantes et d'un rythme qui sied bien, en effet, à la berceuse. Elles étaient à peine faites que Fontaney traduisait la surprise de tous dans le sonnet que voici :

Je vous l'avais bien dit que vous étiez poète : Nous prions à l'autel, mais c'est vous qui chantez; Que d'hymnes, sans vos airs, n'étaient point répétés ! Que d'airs dont votre A'oix fut seule l'interprète!

Mais vous trouviez encor cette langue incomplète Pour traduire votre àme et vos félicités, Et parmi vos accords les vers se sont notés, Afin que l'harmonie en fût pleine et parfaite.

Et tant d'art n'est en vous qu'instinct, naïveté, Car toujours on vous voit, comme fuyant la muse, Courir, vive et folâtre, au jeu qui vous amuse :

Pour aller au théâtre, ou sortir, dans l'été, Folle enfant du génie, en prenant votre écharpe De même qu'un joujou, vous jetez votre harpe.

Ces vers inédits sont du 4 novembre i83o. Six mois plus tôt, le même poète exprimait également, dans cet autre sonnet, la joie qu'il avait ressentie en retrouvant Marie Nodier telle qu'elle était avant son mariage :

C'était comme autrefois. — Ainsi qu'un souvenir, Vous nous apparaissiez ce soir, vous étiez elle, Madame, et nous disions encor : Mademoiselle, Doux mot qu'en souriant vous nous laissiez finir.

Et bien qu'à votre époux seul puisse appartenir Votre àme, dont le feu luit en votre prunelle, Bien que l'amour tous deux vous ait pris sous son aile, Le passé vers mon cœur dut aussi revenir.

Car vous aviez en sor la Bimple robe Ma

Le eollier noir qu'au l'ai vous mettiez le dimanche;

Le piano réveille se plaignait à vos doigts;

Voua noua chantiez vos airs donl la vive cadence

A\aii Fait oublier souvent jusqu'à la danse,

Bl oous étions ravis: — ■ c était comme autrefois.

Mais nous voici loin du sonnet d'Arvers. J'y reviens. quelques raisons de supposer que c'est vers le - à Fontaney disait à Marie Nodier de si gracieuses choses que ce bienheureux sonnet s'échappa en multiples copies de l'album de l'Arsenal et qu'il entreprit la conquête du monde. En tout cas, il était déjà quasi célèbre, quand parurent Mes Heures per- -, et bientôt on ne parla plus que de lui dans les salons. Cela faisait enrager Mérimée, qui ne pouvait plus venir dans certain petit salon bleu de la rive traure incommodé par des « pies-grièches »

trop férues de ces vers.

il écrivait à Sainte-Beuve :

« Un peu avant qu'on serve le thé, il en est trois, pas fort jolies, qui, à tour de rôle, se mettent au piano. Des variations sur une marche de Chopin, passe, puisqu'il n'y a là-dessus pas plus de paroles que dans le murmure de la forêt; mais arrive le moment où dames cèdent au besoin de se ^arçariser avec des rimes. Ah! les vers de la rive gauche, quelle grêle ! aimables personnes oui invariablement deux piè- ' imus jeter à la tête. Voilà d'abord le Lac de de Lamartine. Saluez ! Vient ensuile le Sonnet d'Ar- . s:duez encore! Il m'a fallu avaler ces deux pilules trois fois en une semaine. A la fin, je m'évade du oe. On ne me reprendra plus à mettre le pied dans le petit salon bleu (i). »

i. dite.

Tout le monde n'était pas comme Mérimée, et je gagerais bien que Marie Nodier éprouvait un petit frémissement de plaisir lorsqu'on disait le sonnet d'Arvers devant elle. Qui sait même si ce n'est pas ce petit poème qui lui avait donné l'idée de s'essayer, à son tour, dans ce genre? A parler franc, j'ai été quelque peu surpris de ne pas trouver une ligne de sa main dans la correspondance du poète, car elle n'était pas chiche de son écriture, et Félix Arvers, qui avait beaucoup d'ordre, avait gardé des chiffons de papier — billets damour ou d'amitié — qu'il aurait pu dé" truire sans faire tort à sa mémoire. Il est possible que Marie, sachant ses sentiments pour elle, ait évité à dessein de lui écrire, pour ne pa's attiser inutilement sa flamme. Mais elle le voyait assez souvent, la chose est sûre, et le traitait en camarade.

Elle écrivait, un jour, à Guttinguer :

« Quoique je sois en train de sonnet, ainsi que vous le dites, mon cher poète Ulric, je vous affirme que je suis la personne du monde la plus ennuyée, mais il serait peut-être injuste de s'en prendre aux sonnets. Ils sont cependant cause que je fais très mauvais ménage depuis quelque temps; non pas que mon mari soit jaloux, le brave garçon serait bien humilié qu'on eût cette pensée, mais il a horreur du sonnet : il aimerait mieux me voir adresser à M. Arvers ou à M. de Musset un poème en vingt-quatre chants que les quatorze malheureux vers en question. — C'est une véritable haine, et il faut que cette haine soit mortelle pour résister à trois charmantes perles (i) que j'ai reçues depuis vous.

(i) Allusion aux sonnets de Musset que j'ai cités plus haut dans le chapitre de l'Arsenal.

LES i'.vm UULDtt 2ig

v Venez ;'» l'Arsenal pour les lire, je vous jure que l'est pas trop loin.

« Votre fidèle messager a fidèlement rempli sa mis-

si je n'étais pas plus malade qu'on ne croit,

de si beaux vers, une si gracieuse lettre m'auraient

rie. Mais que voulez-vous ? 11 faut me mettre aux

incurables, j'en ai le droit.

« Pourtant, j'irai à Courcelles auparavant vous porter mes compliments et mes remerciements. Vous me dites de si douces cboses, et celles que vous ne me dites pas à moi me vont encore si bien, que je lis et relis vos vers et votre prose.

« Donc à bientôt, et mille affectueux souvenirs à Guttinguer, dont je souhaite le cceur en meilleur état que le mien.

« Votre toute affectionnée pupille.

« Marie Nodier-Mennessier (i). »

Cette lettre n'est pas datée, mais elle doit être postérieure au déjeuner resté fameux que Guttinguer offrit, au printemps de i843 , dans sa maison de Courcelles, à ses plus intimes amis, savoir : Alfred de Musset, Arvers, Tattet, Antoine de Latour et sa femme, Victor Hugo, sa femme et Léopoldine, Charles Nodier, sa femme et Marie. Car c'est à la suite de ce déjeuner, où Musset se réconcilia avec Hugo, que notre Fantasio reprit le chemin de l'Arsenal et engagea avec Marie cette correspondance sous forme de Bonnets qui donna naissance aux trois perles annoncées dans la lettre ci-dessus. Quoi qu'il en soit, voici la réponse que Guttinguer fit à sa charmante « pupille » :

lettre inédite tirée dos papier* de Guttinguer.

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