‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 52 sur 68 · SES IDÉES RELIGIEUSES. — LA SŒUR MARCELINE · texte numérisé non relu

SES IDÉES RELIGIEUSES. — LA SŒUR MARCELINE

I. — La mère d'Alfred de Musset. — Sa première éducation. — Son premier directeur de conscience. — L'abbé Gerbet. — Aumôniers et prédicateurs au lycée Henri IV. — M. de Salinis, l'abbé de Janson et le prince-abbé de Rohan. — Une dissertation latine de Musset sur l'origine de nos sentiments . — Les sources littéraires de la croyance, au commencement du xixe siècle. — Le Génie du Christianisme et les Méditations. La crise religieuse de Sainte-Beuve. — Indifférence de Musset en matière religieuse. — Ce qui l'empêcha de se suicider. — Le Crucifix, de Lamartine. — Un souvenir de Venise. — Influence de IVJme de Castries sur Alfred de Musset. — Rapports de Sainte-Beuve, de Balzac, Janin et Guttinguer avec elle. — Une lettre d'elle sur Volupté. — Comment Alfred de Musset fit sa connaissance. — Ce qu'il lui écrivait, en i84o, sur le doute et la sœur Marceline.

II. — Nom et prénoms de famille de celte soeur du Bon-Secours.

— Son extrait de naissance. — La ville de Boulogne-sur-Mer.

— Une lettre de la Supérieure du couvent du Bon-Secours sur la sœur Marceline. — Témoignage et récit de Mm« Lardin de Musset. — La religieuse au chevet du poète en 18/jo et i844- — Mme de Castries lui donne une Imitation de Jésus-Christ. — Le livre préféré de l'abbé Gerbet. — Les petites amphores de la sœur Marceline. — Cérémonie de la prise de voile. — Visites que lui faisait cette religieuse de loin en loin. — Vers d'Alfred de Musset sur elle. — Conversion du pianiste Herman. — Une histoire de mariage. — Derniers vers de Musset.

— Sa dernière maladie. — Une lettre du R. P. de Ravignan.

— Pourquoi n'envoya-t-on pas chercher ce révérend père ? — Ce qu'on mit dans le cercueil du poète après sa mort. — Un souvenir de la sœur Marceline.

► ES RELIG1I 33 t

n'entreprends pas ici de faire d'Alfred de Musset un de ces convertis de la dernière heure pour qui le Ciel illumine. Je n'aime pas assez le paradoxe pour cela. Je voudrais seulement montrer que, dans le cours de sa vie si peu édifiante, il ne fut, en matière de religion, ni un indifférent, ni un adversaire ; comment, à certaines heures, sous des influences divei que je crois avoir démêlées, le chrétien qui dormait en lui s'éveilla et s'éleva d'un seul coup jusqu'au panéjue; et enfin que, lorsqu'il s'éteignit, à quarantesept ; us, <( le fruit de son aine » était si mûr qu'il serait tombé de lui-même dans la main du prêtre qui aurait été appelé à le cueillir.

Et d'abord, s'il y eut des mécréants et, des libertins dans la famille du poète, il y eut aussi des croyants ns chrétiens (i), et je ne vois pas pourquoi il aurait tout pris aux uns et rien aux autres. Son père était un philosophe dans toute l'acception du mot, mais il n'avait guère plus de goût pour Voltaire que n'en avait J.-J. Rousseau, dont il a écrit une Vie

(i) Je relève, en effet, dans la trénéalotpe des Musset, un certain nombre de religieuses, une cliar.oinesse qui ne fut pas tendre pour Alfred, de Saint-Cyr, que Mm» de Mainlcuon, d.ins sa correspondance, appelle ta petite fionnauenture, à cause du manoir de .'ure ou elle était □ le.

dans la branche de* Musset, marquis <i . qu'il

serait aisé de dresser une liste de personnes pieuses. L'un de ces set, Louis-Alexandre-Marie, r fait ses études chez les Orato-

riens de Vendon; ils par ses excellents principes pendant la

période révolutionnaire. Pour combattre les idées matérialistes qui . il publia une brochure intitulée le Triomphe de la Religion, qu'il répandit dans tout<^ ignés du Vendomoifl et

du Maine. Sa femme et sa tille étaient la Providence des pauvres, et le . des Cogners la maison du bon Dieu.

332 ALKHED DE MUSSET

excellente; et c'est probablement à l'aversion de son père pour Arouet que nous devons l'apostrophe fameuse de Rolla :

Dors-tu content, Voltaire, et (on hideux sourire Voltige-t-il encor sur tes os décharnés?...

Sa mère, sans être une catholique fervente, avait plus que des sentiments religieux ; elle connaissait le chemin de l'église et, dans les grandes circonstances, elle approchait des sacrements. Or, il est bien rare qu'un poète n'ait pas l'âme de sa mère. C'est elle qui apprit à ses enfants à joindre leurs petites mains et à s'agenouiller, matin et soir, au pied de leurs lits; c'est elle qui, lors de la première grande maladie d'Alfred, le confia aux soins d'une sœur du couvent du Bon- Secours; et l'on peut être sûr que, si elle avait été près de lui quand il mourut, il serait mort chrétiennement.

Chose remarquable et dont personne ne s'est encore avisé, Alfred de Musset avait eu la chance — car c'en était une — de faire sa première communion sous la direction d'un ecclésiastique qui, partout où il a passé, a laissé une trace lumineuse. J'ai nommé l'abbé Gerbet. Sainte-Beuve, qui l'avait connu, en i8a4.au Mémorial catholique, quand lui-même débutait au Globe (i), et qui lui resta fidèle malgré tout, Sainte-Beuve en parle, dans ses Causeries du lundi (2), comme d'un Fénelon qui n'aurait pas bataillé contre Bossuet. Et le fait est qu'il n'était pas batailleur de sa nature. Lorsque Lamennais, dont il fut un des premiers et des plus chers disciples (3), sortit de l'Eglise,

(1) Ces deux journaux s'imprimaient rue du Colombier, à l'imprimerie Lachevardiere, qui avait pour prote Pierre Leroux.

(2) T. VI. p. 378.

(3) « Cire molle empreinte du cachet du maître », disait de lui Lacordaire.

Page 1