‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 54 sur 68 · SES ID · texte numérisé non relu

SES ID

Elle écrivait à Sainte-Beuve, peu après la publication de Volupté, la lettre suivante :

m i1" vnis exprimer combien votre beau livre m'a profondément émue serait une tâche difficile pour une pauvre femme ignorante de tout, excepté des chagrini <le la \

i en serait, d'ailleurs, l'intérêt pour vous, Monr? La curiosité est un sentiment bien vulgaire pour celui <jui l'éprouve et pour celle qui l'inspire ; nous valons mieux tous les doux!

« J'ai lu une critique qui vous reproche ce qui rend votre livre un ami, un aide, un consolateur. La main qui sonde le cœur et le scrute, en approfondissant nos blessures, nos misères et nos douleurs, peut-elle jamais trop avancer dans l'analyse ?

une l'ouvrage qui me révèle à moi-même, qui m'explique les luttes, les pensers rêvés, trop faible que j'étais pour en souleverle fardeau ou trop impuissante à l'exprimer.

« l'aurais cependant gardé mes impressions pour moi seule, sans les pages que vous consacrez à lamémoire de l'abbé Garron ; il m'a semblé que je devais vous remercier de cet hommage. Je n'ai pas connu l'abbé, mais son nom m'est sacré et s'unit à tout ce

Et la va^iic. baisant vos pieds tranqu;.

Venait se plaindre, h<das! de leur lent esclavage.

-i l'une arrivait grosse et d'un air d'orage, <> bras, qui pari-- enror lorsque vous vous taisez,

^ pieds refusés, D'un geste l'abattait en ccinm- \

> je ne soncreaii pas au bel enfant Ro^er

u qui protège une Heine, Va canonnur la vague, et, parant le danger,

Triomphe et rit; — et von la peine,

en vos yeax devant la mer lointaine, : la mer dopasse vous êtes à songer.

que je respecte. C'est lui qui a béni ma mère sur son lit de mort; c'est lui qui a recueilli le dernier vœu de la sainte et qui l'a accompli en ouvrant à mon grandpère une nouvelle et pieuse vie. Si j'avais pu dans ce moment disposer de ces papiers de famille, je vous les aurais envoyés, et vous y auriez vu tout ce qu'il y a de doux et de simple dans l'admirable vertu de cet homme de Dieu.

« A l'abri de ces souvenirs, je ne crains de vous, Monsieur, ni une plaisanterie, ni une indiscrétion ; j'espère même que vous ne me refuserez pas quand je vous demanderai d'écrire votre nom sur le volume dans lequel je place mon billet. Peut-être un jour pourrai-je vous rencontrer, et certes ce serait une heure qui aurait une valeur véritable pour moi.

« Remercîment et reconnaissance pour le plaisir que je vous dois.

« Vous voudrez bien ne pas demander mon nom à mon envoyé. Je ne fais pas de mystère, je me mets dans l'ombre (i). »

Ce fut cette lettre exquise qui ouvrit à Sainte-Beuve le salon de Mrae de Castries. Il avait le plaisir alors, c'est toujours lui qui parle, de rencontrer autour de son fauteuil, dans les matinées de quatre à six heures ou après le dîner, tandis que son cher enfant jouait ou reposait près d'elle, son oncle le duc de Fitz-James, qu'il appelait « son dernier chêne protecteur (2) >>, et son père le duc de Maillé, excellent homme qui ne se faisait pas scrupule, sous Louis-Philippe, d'aller de sa personne dans les ministères, solliciter en faveur des pauvres pensionnés de la liste civile. Il s'y joignait

(1) Cf. Volupté, appendice.

(a) Lettre de Sainte-Beure à Juste Olivier, du mois de novembre i838.

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