MENA LOUE
Si le fier léopard, que les jeunes Sylvains Attachent rugissant au char du Dieu des vins, Voit amener au loin l'inquiète tigresse Que les Faunes, troublés par la jo^'euse ivresse, N'ont pas su dérober à ses regards brûlants.
48 ■ ALFRIÎD DE VIGNY
II s'arrête, il s'ag-ite, et de ses cris roulants
Les bois sont ébranlés; de sa gueule béante,
L'écume coule à flots sur une lang-ue ardente ;
Furieux, il bondit, il brise ses liens,
Et le collier d'ivoire et les joug-s phrygiens :
Il part, et, dans les champs qu'écrasent ses caresses,
Prodigue à ses amours de fougueuses tendresses .
Ainsi, quand tu descends des cimes de nos bois,
Ida ! lorsque j'entends ta voix, ta jeune voix,
Annoncer par des chants la fête bacchanale.
Je laisse les troupeaux, la bêche matinale,
Et la vigne et la gerbe où mes jours sont liés :
Je pars, je cours, je tombe et je brûle à tes pieds.
BATHYLLE
Quand la vive hii'ondelle est enfin réveillée.
Elle sort de l'étang, encor toute mouillée,
Et, se montrant au jour avec un cri joj'eux,
Au charme d'un beau ciel, craintive, ouvre les veux ;
Puis, sur le pâle saule, avec lenteur voltige,
Interroge avec soin le bouton et la tige ;
Et, sûre du printemps, alors, et de l'amour,
Par des cris triomphants célèbre leur retour.
Elle chante sa joie aux rochers, aux campagnes,
Et, du fond des roseaux excitant ses compagnes :
a Venez ! dit-elle ; allons ! paraissez, il est temps !
Car voici la chaleur, et voici le printemps. »
Ainsi, quand jeté vois, ô modeste bergère !
Fouler de tes pieds nus la riante fougère,
J'appelle autour de moi les pâtres nonchalants,
A quitter le gazon, selon mes vœux, trop lents ;
Et crie, en te suivant dans ta course rebelle :
« Venez ! oh ! venez voir comme Glycère est belle ! »