Benjamin Constant
Rég^lant et mesurant, sans règ"le et sans compas,
L'un sur l'autre semant des arbres sans racines,
Et mettant au hasard l'ordre dans les ruines.
Et. comme il est écrit que chacun porte en soi
Le mal qui le tuera, regarde en bas, et voi.
Derrière eux s'est groupée une famille forte*
Oui les ronce et du pied pile leur œuvre morte,
Écrase les débris qu'a faits la Liberté,
Y roule le niveau qu'on nomme Eg"alité,
Et veut les mettre en cendre, afin que pour sa tête
L'homme n ait d'autre abri que celui quelle apprête :
Et c'est un Temple, un Temple immense, universel,
Où l'homme n'offrira ni l'encens, ni le sel, ♦ ... .
Ni le sang', ni le pain, ni le vin, ni l'hostie,
Mais son temps et sa vie en œuvre convertie,
Mais son amour de tous, son abnég-ation
De lui, de l'héritag'e et de la nation;
Seul, sans père et sans fils, soumis à la parole,
L'union est son but et le travail son rôle.
Et, selon celui-là qui parle après Jésus,
Tous seront appelés et tous seront élus.
— Ainsi tout est osé ! Tu vois, pas de statue
D'homme, de roi, de Dieu, qui ne soit abattue,
Mutilée à la pierre et rayée au couteau.
Démembrée à la hache et broyée au marteau !
Or ou plomb, tout métal est plong-é dans la braise.
Et jeté pour refondre en l'ardente fournaise.
Tout brûle, craque, fume et coule ; tout cela
Se tord, s'unit, se fend, tombe là, sort de là;
Cela chante, cela sonne, se parle et prie ;
Cela reluit, cela flambe et s:lisse dans l'air,
Eclate en pluie ardente ou serpente en éclair.