I. L'école Saint-Simonienne
fi4 ALFRED DE VIGNY
Œuvre, ouvriers, tout brùie ; au feu tout se féconde : Salamandres partout ! — Enfer 1 Éden du monde! Paris ! principe et fin ! Paris ! ombre et flambeau !...
— Je ne sais si c'est mal, tout cela ; mais c'est beau! Mais c'est î^rand ! maison sent jusqu'au fond de son âme Qu'un monde tout nouveau se forge à cette flamme. Ou soleil, ou comète, on sent bien qu'il sera ;
Qu'il brûle ou qu'il éclaire, on sent qu'il tournera,
Qu'il surgira brillant à travers la fumée,
Qu'il vêtira pour tous quelque forme animée,
Symbolique, imprévue et pure, on ne sait quoi,
Qui sera pour chacun le signe d'une foi.
Couvrira, devant Dieu, la terre comme un voile,
Ou de son avenir sera comme l'étoile,
Et. dans des flots d'amour et d'union, enfin
Guidera la famille humaine vers sa tin ;
Mais que peut-être aussi, brûlant, pareil au glaive
Dont le feu dessécha les pleurs dans les yeux d'Eve,
Il ira labourant le globe comme un champ.
Et semant la douleur du levant au couchant:
Rasant l'œuvre de l'homme et des temps comme l'herbe
Dont un vaste incendie emporte chaque gerbe,
En laissant le désert, qui suit son large cours
Comme un g-éant vainqueur, s'étendre pour toujours.
Peut-être que partout où se verra sa flamme,
Dans tout corps s'éteindra le cœur, danstout cœur l'âme,
Que rois et nations, se jetant à genoux,
Aux rochers ébranlés crieront : « Écrasez-nous!
« Car voilà que Paris encore nous envoie
« Une perdition qui brise notre voie !»
— Que fais-tu donc, Paris, dans ton ardent foyer ? Que jetteras-tu donc dans ton moule d'acier? Ton ouvrage est sans forme, et se pétrit encore Sous la main ouvrière et le marteau sonore ;