SES PROJETS LITTERAIRES I
ami de régiment de Fauteur. La suite n'a-t-clle jamais été écrite ? Mystère.
Pendant de longues années, Alfred de Vigny projeta de continuer Stella, ce généreux plaidoyer qu'il aimait avec une affection particulière. De cette suite, une partie au moins fut composée, mais, hélas ! jetée au feu ainsi que nous Tapprend Louis Ratisbonne. Le poète de VEsprit pur « craignait de s'être laissé emporter trop loin dans la démonstration de son idée » où Ton eût pu voir une sorte de justification du suicide. » i;
Une deuxième consultation du docteur Noir — probablement celle qui fut détruite — devait passer en revue « tous les genres de suicide avec des exemples de toutes leurs causes, analysées profondément )' et Alfred de Vignv ajoutait : « Là, je mettrai toutes mes idées sur la vie. Elles sont consolantes par le désespoir même... L'espérance est la plus grande de nos folies. A quoi bon essayer d'expliquer le pourquoi de l'existence humaine ? '< Nous ne sommes pas sûrs de tout savoir au sortir du cachot de la vie mais sûrs de ne rien savoir dedans. » 2
La Deuxième consultation du Docteur Noir, la seule connue aujourd'hui, la Daphné publiée par
(1) i'h p. 10, (Préface) 32 (note).
(2) id, p. 31. 32, 33, 174.
l8o ALFRED DE VIGNY
M. Fernand Gregh, paraît être l'une des parties d'une trilogie qui devait comprendre deux autres épisodes moins importants, l'un consacré à Mélanchton, fun des hommes les plus conciliants de la Réforme, l'autre à Jean-Jacques Rousseau. Cet ensemble aurait pris place dans un roman moderne qu'Alfred de Vigny n'acheva pas, malgré plans et notes ; il ne savait d'ailleurs comment l'intituler : S ainuel, Emmanuel y Christian ouvaèmt François, 'i)
Nous aurions vu dans la troisième consultation, bien en vedette, les hommes politiques et les injustices sociales. Une scène, entre autres, nous promettait de dramatiques effets : le Docteur Noir et un législateur s'arrêtent devant le lit d'agonie d'un prisonnier préventif. Plus tard, ce martvr meurt avec, à la bouche, d'amères protestations contre la Société. (2)
Enfin, Alfred de Vignv notait : « La quatrième consultation sera sur l'idée de l'amour qui s'épuise à chercher l'éternité de la volupté et de l'émotion. » 3
(1) Aux lecteurs qui désireraient plus de détails, nous conseillons de lire la préface de Daphné par M. Fernand Gregh. Remarquons que, cinq ans avant le poète de la Maison de VEnfayice, M. Robert Eude avait publié dans les Annales politiques et littéraires (n» du 4 août 1907) un important fragment de Daphné : « L'entrée des Romains à Antioche ».
(2) JournaL p. 68. 73.
(3) id. p. 73.