‹ Alfred de Vigny, d'après son œuvreChapitre 24 sur 27 · SES PROJETS LITTERAIRES I9I · texte numérisé non relu

SES PROJETS LITTERAIRES I9I

'< bientôt j'imprimerai mes pensées entières^ délivré des censures d'un pouvoir ombrageux et insolent. » ^i) Au fond, n'était-ce point se réjouir de la ruine de la Monarchie de Juillet ? Mais la Seconde République ne réalisa probablement pas les vœux secrets d'Alfred de Vi^^nv puisque, un an après, il confiait à Camille Maunoir que >' ce n'était pas Theure des publications )^. 2 Quelques mois encore et il entretenait ouvertement la même personne de la crise du livre : « Depuis la révolution de 1848, toutes les maisons considérables de librairie sont ruinées et tombent ou se retirent par prudence.

« Les plus riches éditeurs n'osent rien publier de nouveau et le plus grand exemple de leurs terreurs et de leurs misères est que Lamartine a été obligé d'être éditeur de ses propres œuvres à ses risques et périls.

« Chose curieuse et triste pour la France, depuis que vous m'avez écrit à ce sujet, on m'a écrit de Paris pour me demander si en Belgique ou en Suisse on pourrait trouver par hasard un éditeur, ce personnage impossible qui devient un être mythologique. » '3 .

(l) Correspondance, à Philippe Busoni, 29 février 1848, p. 133. (î) lievue de Paris, 15 septembre 1897. Lettres à une Puritaine, lévrier 1849, p. 301.

(3) , id.. 4 septembre 1849, p. 303.

HJ2 ALFRED DK VIGNY

Les entreprises hasardeuses on le voit ne tentaient guère l'auteur de l'Esprit Pur, homme pratique à Foccasion r. Vint i85i, le Deux Décembre et, le II mars i852, le poète, quoique ami personne) de Napoléon III, jugeait la France « une pauvre folle » incapable de lire et d'écouter 2 .

Le moment ou l'Empire allait être proclamé s'approchait... Du haut de la tour d'ivoire où il s'isolait maintenant, Alfred de Vignv faisait tenir ces lignes à Camilla Maunoir le 10 août i852 :

« Est-ce ma faute si les événements viennent rendre impossibles les publications ou régnerait cette beauté dolente que vous invoquez ? Ne savez-vous pas, chère amie, qu'elle n'est belle que dans la nudité, cette Vérité que vous adorez. Ne serait-ce pas, dites-le moi, une indigne faiblesse que de faire paraître des bagatelles vides de sens, de lancer dans l'espace des bulles de savon, parce que des globes plus solides n'y pourraient passer ? Je laisse le jeu des marionnettes à qui voudra en tenir les ficelles, et je m'enferme, je réfléchis, j'écris comme dans un autre temps je l'aurais fait. Ce ne sera pas ma pensée appropriée à la circonstance, ce sera elle seule et pure, ce sera moi entier. » 3 .

(Il cf. Revue Bleue, du3l janvier au28 février 1914: Une corpondance inédite d'Alfred de Vigny publiée par M. Jules Marsan

(2) Ccyi^respondance, à la vicomtesse du Plessis. il mars 1852, p. 23L

(3) Revue de Paris, 15 septembre 1897, Lettres à une Puritaine, 10 août 1852, p. 318.

Page 1