‹ Alfred de Vigny. Documents inédits; avec portraits, dessins et autographesChapitre 2 sur 34 · LIGNE MATERNELLE · texte numérisé non relu

LIGNE MATERNELLE

I" M. Le marquis Henri-Louis Odart de Rilly, lieutenant-colonel de cavalerie — cousin.

2» M. Marie-Jean Gallais — ami.

3" M. Philippe-Joseph-Xavier de Verdière, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis — ami.

(Extrait des minutes de M» Détend, notaire à Paris.)

(a) Une des filles de Claude-Henri de Vigny, sœur de Léon-Pierre de Vigny (voir 1.1 note suivanlo), épousa M. do Saint-Pol, chevalier de la Briclie.

(Cf. VAniiudirc de la 7iol)lesse de France, de 181M, publié sous la direction de Borel d'Haulorive.)

(h) Anne-Chariolle des Mazis, daine du Tronrhel, épousa, le 2o octobre 1688, Guy-Victor de Vigny, seigneur dKmervillo. capitaine au régiment d'Orléans, décédé en 17157, dont elle eu! deux lils : .Ican-Haplisle, père de Jacques-Olivier de Vigny en faveur duquel la (erre de ("lialeauforl de Beaumonl. dite de Cour- (melaine,ful érigée en nianjnisat par lellres patentes de juillet 1722, et Claude- Henri, clievalier. seigneur d'Knierville et du Troncbet, marié. le 16 décembre 1727, à l.ouise-t'liarlotle tle Marcadé, dont il eut douze enfants, notamment Léon-l'iene de Vigoy, père du poêle, né le 11 décembre 17:t7.

un jour, du bonheur que me causaient tes succès dans le temps où tu me dis ce joli mot : que tu éiSiis la ffloire, et moi la glorieuse (i). »

Elle devait éprouver toute sa vie le même bonheur. C'est elle qui fut la première confidente de ses premiers essais poétiques, et je trouve quelque chose de la préciosité de son esprit dans leur style et jusque dans le choix de leurs sujets. Certes, elle ne pouvait apporter à la correction de ses ouvrages la même compétence que son mari, mais elle avait tout de même assez de goût et de connaissances littéraires pour être sur ce point de bon conseil. La preuve en est qu'après avoir publié son poème à'Héléna Vigny le supprima presque aussitôt de Tédition de ses premières œuvres pour plusieurs raisons dont celle-ci que sa mère le trouvait faible. Et il est certain que les qualités de ce poème ne rachetaient pas ses défauts. Mais Tinfluence de la mère sur le fils ne s'arrêta pas là. Comme il était habitué à faire toutes ses volontés, il lui obéit jusqu'à la fin, aux dépens même de son bonheur. On sait de reste que, s'il n'épousa pas, en 1824, la belle Delphine Gay qui l'aimait et dont il était sérieusement épris, ce fut pour ne pas contrarier sa mère.

(i) Conseils à sonjils.

11 avait toujours à l'esprit ces paroles de son père mourant : « Rends ta mère heureuse (i) !... »

Elle habitait, depuis qu'elle était veuve, au n^ 128 de la rue Saint-Lazare. Elle y demeura jusqu'à la maladie terrible qui devait l'emporter. A ce moment, quoiqu'il fût marié et que la santé de sa chère Lydia lui causât déjà de sérieux soucis, Vig^ny l'installa chez lui et se constitua son gardemalade. Pendant les quatre années que dura sa folie douce, traversée de loin en loin de crises aiguës, on lui conseilla vin^^t fois de la mettre dans une maison de santé, il s'y refusa toujours par amour et par pitié. Il aurait cru commettre un crime en se séparant d'elle avant l'heure de la mort. Il fit face à toutes les dépenses avec le produit de ses œuvres.

Pour l'amuser, c'est lui qui le raconte, il faisait tourner son esprit devant elle comme une toupie, et il lui présentait, sous forme de récits, des idées et des contrastes comiques qui la forçaient de rire. Mais parfois, à la lueur de rapides éclairs, elle se rendait compte de ce touchant manège et elle l'arrêtait eu lui disant : « Tu fais semblant d'éire gai et heureux et lu ne l'es pas ; c'est par bonté que lu te montres ainsi, je le sais bien, va ! »

(i) Voir plus loin. p. 218, la lettre de Viirny à M™« de Clércmbault.

Quand elle mourut, il ne pouvait se consoler de ne plus entendre sa voix (i). Il composa alors l'admirable et poig^nante prière que l'on a recueillie dans le Journal d'un Poète, et sept jours après lui avoir rendu les derniers devoirs, il jetait encore ces lignes sur son cahier de notes :

(( 'j.-j décembre iSSy. — La douleur n'est pas une. Elle se compose d'un grand nombre d'idées qui nous assièg^ent et qui nous sont apportées par le sentiment ou la mémoire.

« Il faut les séparer, marcher droit à chacune d'elles, la prendre corps à corps, la presser jusqu'à ce qu'elle soit bien familière, l'étouffer ainsi ou du moins l'eng-ourdir et la rendre inoffensive comme un serpent familier.

(i) Voici la copie de son acte de décès :

Du vinçt décembre mil huit cent trente-sept à midi et quart. — Acte de décès de dame Jeanne-Marie-Amélie de Baraudin, propriétaire, âgée de quatre-vingts ans, veuve du sieur Léon, comte de Vigny, ladite défunte née au Ché, arrondissement de la Rochelle (Charente-Inférieure) et décédée à Paris en son domicile, rue des Ectiries-d'Artois, n» 3 (a), ce jourdhui à trois heures du matin. — Constaté par nous Maire officier de l'Etat civil du i^"^ arrondissement de Paris, sur la déclaration des sieurs Antoine-Louis, comte de Pons, lieutenant-colonel retraité, âgé de soixante-trois ans, demeurant, grande rue Verte, n° 26 ; Alexandre-Jacques-François Brierrc de Boismont, docteur en médecine, âgé do quarante ans, demeurant cité Bergère n» 2 bis, lesquels ont signé avec nous après lecture faite. Signé : de Pons, A. Brierre de Boismont et Marcellot. » [Arch. dép. de la Seine.)

(a) La maison d'Alfred de Vigny porta, en effet, le n» 3 jusqu'en 1840.

« Les souvenirs aujourd'hui m'attaquent et me serrent le cœur. Tout les fait naître. Le bruit de la pendule noire de ma mère me rappelle le temps où elle fut achetée. Mon père l'aimait beaucoup. Il la choisit lui-même chez Taraull et l'envoya rue du Marché-d'Aguesseau, où nous demeurions. Elle marqua les heures de mon éducation. Sur ses quantièmes, ma bonne mère, bien belle alors, m'apprit les mois de la République et ceux du calendrier actuel. Les premiers me furent faciles, j'aimais les beaux noms de fructidor, thermidor et messidor.. . »

Hélas! il ne devait pas les aimer toujours. Les plus beaux noms du langage humain ne sont souvent que des fleurs de cimetière. Ceux du calendrier républicain qui avaient charmé l'esprit de nos pères n'eurent pas même assez de vertu pour sauver la tête de Fabre d'Églantine, leur inventeur... Et il vin» un jour où le poète des DestinéeSy en regardant tourner Taiguille de la pendule noire de sa mère, ne vit plus que des larmes et du sang* sous les noms chantants et dorés des mois tragiques de la Révolution française. N'est-ce pas un jour de thermidor que son oncle Louis de Baraudin, l'ancien lieutenant de vaisseau de la marine royale, avait été fusillé à Ouiberon, et n'est-ce pas un jour

de fructidor que son grand-père et toute sa famille maternelle avaient été jetés en prison à Loches?

Mais la date la plus funeste et la plus douloureuse de sa vie, qui fut jalonnée de tant d'épreuves de toutes sortes, fut encore celle du jour où la tête blanchie de sa pauvre mère se fêla comme une cloche qu'on a trop violemment secouée, où sa raison si lumineuse et si calme sombra sans espoir de retour, « brisée par le coup de massue de l'apoplexie ». Ce jour-là Vigny se crut abandonné du ciel et cria par trois fois : Pitié I

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