‹ Alfred de Vigny. Documents inédits; avec portraits, dessins et autographesChapitre 4 sur 34 · PALEUR · texte numérisé non relu

PALEUR

à Madame Delphine de Girardin.

Lorsque sur ton beau front riait l'adolescence, Lorsqu'elle rougissait sur tes lèvres de feu, Lorsque ta joue en fleur célébrait ta croissance, Quand la vie et l'amour ne te semblaient qu'un jeu ;

Lorsqu'on voyait encor grandir ta svelte taille, Et la Muse germer dans tes regards d'azur ; Quand tes deux beaux bras nus pressaient la blonde écaille Dans la blonde forêt de tes cheveux d'or pur ;

Quand des rires d'enfant vibraient dans ta poitrine Et soulevaient ton sein sans agiter ton cœur. Tu n'étais pas si belle en ce temps-là, Delphine, Que depuis ton air triste et depuis ta pâleur.

Elle riait trop, vous dis-je. Cela ne l'empêcha pas de mourir relativement jeune de la cruelle maladie dont huit ans plus lard mourut Vig^nv luimême (i). Il Taccompag-na, cela va sans dire, à sa dernière demeure, mais sa lyre, en cette circonstance, comme les grandes douleurs, fut muette Peut-être aurait-il fait quelque part son éloge si Lamartine, dans les pages admirables que tout le monde a lues, n^avait dit tout ce qu'il y avait à dire. On connaît les beaux vers que Victor Hugo lui a consacrés. Marceline non plus n'oublia pas Delphine. Quelques jours après sa mortelle publia

(i) Elle mourut le 19 juin i855.

dans la Presse une élégie sur M^-^ de Girardin,qui lui valut cette lettre de Michelet :

a 22 novembre 1855.

(( La voilà sauvée, Madame, une ligne de vous, c'est l'immortalité. Le sublime est votre nature ; mais vous avez été de plus intrépide en la montrant au fover même. Nous vous baisons la main, tout émus de ce grand cœur. »

Sauvée par une autre ! c'était vraiment trop dire, car M^^e de Girardin était de celles qui se sauvent toutes seules.

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