‹ Alfred de VignyChapitre 3 sur 22 · SABLE COLLECTION · texte numérisé non relu

SABLE COLLECTION

ALFRED DE VIGNV ET AUGUSTE KARBIEH lUl

de chaleur et de vie, et l'année 1870-1871 vit jaillir etvit se dresser, au milieu des périls, un beau rameau plein de vaillance, un rameau sombre mais vivant, et bien digne d'être admiré comme le fût superbe d'autrefois, je veux parler du chant guerrier — qui n'était pas unedéclamation — et qu'il intitula : Poème des angoisses.

Sans parents, sans enfants, on pourrait dire sans amis (il avait perdu les plus chers), Auguste Barbier a écrit sur risolement qui fut le lot de sa vieillesse des vers d'une mélancolie presque puissante ; l'expression est, au moins, d'une très belle pureté :

O vieillesse, il est dur d'entrer dans ta saison, Saison d'obscurs brouillards, déglace, de faiblesse. Où l'âme en grelottant voit sa pauvre maison Se démolir pièce par pièce.

Il est dur de sentir le feu de son cerveau Devenir chaque jour moins riche d'étincelles, Et de voir sa pensée, autrefois vif oiseau. Manquer de souffle et manquer d'ailes.

Cependant le plus dur en cet affaissement N'est point d'avoir la neige au front, le dos en voûte, C est de perdre à jamais ce qu'on trouva d'aimant Et d'adorable sur sa route ;

C'est de demeurer seul sous un ciel sombre et bas, Seul avec des corbeaux en place de colombes. Et si 1 on peut encore allonger quelques pas. De ne marcher que sur des tombes.

Oui, Vigny avait dit vrai. Le talent de Barbier si vif, si ardent au lever de l'aurore, avait pu s'obscurcir longtemps au point de paraître perdu : il devait sortir brusquement du brouillard et des brumes. Après avoir, aux approches du soir, rayonne de nouveau, il ne s'éclipsa plus, mais, jusqu'à la minute inévitable de la nuit, il répandit silencieusement cette tendre, louchante et frileuse clarté du jour qui descend et s'achève.

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