DEUXIÈME PARTIE
La nomenclature des gens de lettres qui forment le cortège d'Alfred de Vigny n'est pas, assurément, interminable, comme le serait celle d'un écrivain tel que Victor Hugo, à dater de l'exil. Très peu d'années après qu'il eut quitté la France pour s'établir enfin sur son rocher de Guerncsey, l'auteur des Châtiments et des Misérables apparut à beaucoup d'esprits de l'ancien monde et du nouveau comme un génie international, une sorte de mage aux formules presque sacrées, célébrant pour la terre entière l'office religieux de l'immortelle poésie. Lorsque la chute de l'Empire le fit rentrer dans son paj^s, son nom y était devenu aussi populaire — on ne peut rien imaginer de plus — que celui d'un grand conquérant : le peuple français proféra, pendant un peu de temps, les syllabes Victor Hugo, comme il avait prononcé, durant de longues années, le mot Napoléon, avec une dévotion instinctive et superstitieuse.
Mais l'absence même du grand poète devait avoir pour résultat de grossir le groupe de ceux qui franchirent le seuil du salon de la rue des Ecuries-