‹ Alfred de Vigny (volume 3)Chapitre 11 sur 33 · VICTOR H · texte numérisé non relu

VICTOR H

fE.Klrait des Lundis d'an Chercheur, du Vicomte de Lovenjoul.) (a) Lettre inédite.

lors de la chute des Bnrffraues{i), le réconfort de son cordial encourag^ement. Et l'été suivant quand Léopoldine se noya avec son mari à Villequier, il fut un des premiers à aller s'inscrire au domicile de son malheureux ami. On connaît la touchante lettre qu'il lui adressa trois mois après cette catastrophe :

« Paris, 30 novembre 1843,

« Si les larmes vous ont permis de lire les noms de vos anciens amis, Victor, vous avez vu le mien à votre porte en revenant à Paris?

« Devant de telles infortunes, toute parole est faible ou cruelle. Tout ce qu'on peut dire est trop pour le cœur que l'on déchire, ou trop peu devant l'horreur de l'événement.

« Si je vous avais vu, je ne vous aurais pas parlé; mais ma main, qui signa votre contrat de mariage, aurait serré la vôtre, comme lorsque nous avions dix-huit ans, quand nous allions ensemble regarder le jardin de celle qui devait être votre compagne et dont vous seul pouvez à présent apaiser la douleur.

(1) Il lui écrivait, trois jours après la représentation : « Laissez passer la cabale, mon cher Victor, /es Burgraves ne peuvent tomber, c'est une œuvre immortelle. » {Ltttre inédite du 10 mars i843, communiquée par M. Chéramy.)

(2) Publié par le Vicomte de Lovenjoul dans les Lundis d'un Chercheur.

On a bien raison de dire que le malFieur rapproche. II n'est pas jusqu'à M'^e Victor Hug-oqui, dans ces cruelles épreuves, n'ait perdu un peu de sa morg-ue naturelle et n'ait répondu aux sentiments de condoléances de Vigny, aux marques réitérées de sa sympathie profonde, par des témoig-nages non douteux de respectueuse affection.

« Monsieur, lui écrivait-elle au mois de décembre 1846, mon mari me dit que vous avez eu la bonté de vous préoccuper de la santé de notre cher enfant dans un moment où il était bien malade. Laissez-moi vous en remercier, d'autant plus que j'avais été attristée du silence qu'il me semblait que vous aviez g-ardé dans une circonstance si douloureuse. C'est une double reconnaissance que je vous dois, car en sachant votre sollicitude, il me semble que nous avons retrouvé un ami qu'il nous eût été si pénible de croire refroidi. Je n'oublie pas que vous êtes mon débiteur, car ayant commencé à me gâter, je suis en droit de solliciter la continuation de cette charmante attention. C'est votre faute, Monsieur, si je suis si exigeante.

« Permettez-moi, Monsieur, de vous dire: à bientôt.

ALFUED DE VIGNY

« Agréez, Monsieur et ami, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

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