‹ Alfred de VignyChapitre 8 sur 20 · Journal intime^ inédit · texte numérisé non relu

Journal intime^ inédit

2. Inédit, 1834. Et encore : « Vous m'avez donné mon Imagination pour maîtresse ».

impuissants ! Un seul de ses baisers, à elle, remplit le cœur d'une ivresse divine. Et puis, « la volupté de l'âme est plus longue, Textase morale est supérieure à Textase physique ! »

Enfin le souvenir même qu'il emportait de ses visions idéales avait la douceur ou la mélancolie des souvenirs d'amour : a Mon âme tourmentée se repose sur des Idées revêtues de formes mystiques.... Ame jetée aux vents comme Françoise de Rimini ! Ton âme, ô Francesca, montait tenant entre tes bras l'âme bien-aimée de Paolo : mon âme est pareille à toi M »

Au point de vue de l'art, le culte passionné qu'il avait voué aux Idées entraînait cette conséquence, singulière chez un poète, la méfiance et presque l'aversion de toute forme littéraire. Nul voile, nul style ne lui semblait en effet assez diaphane, assez ténu, assez immatériel pour vêtir les créatures de son rêve sans les froisser et pour laisser transparaître leur beauté sans l'altérer. La poésie elle-même, malgré ses merveilleuses ressources, n'était qu'une langue barbare, dont les phrases les mieux écrites ne pourront jamais traduire le discours intérieur, le chant silencieux de la pensée. Autrefois encore, au temps deo rapsodes d'Hellénie et des trouvères d'Occident, c'était l'organe d'une voix émue qui

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