HA
de lui ajouter des ailes, et contribuent pour une large part à répandre sur son style poétique cette obscurité qu'on est fondé à lui reprocher.
Si l’on cherche à s'expliquer la rareté de telles réussites, on en trouvera la principale raison dans ce fait que chez Vigny l’image n'est pas d'ordinaire contemporaine et inséparable de l’idée; elle n’en est pas la forme indispensable, le vêtement naturel ; elle ne lui est pas unie comme le corps à l’âme ; elle se présente après coup, à la suite et par surcroît, sous les espèces d’une comparaison plus ou moins étendue, d’un ornement poétique laborieusement cherché, péniblement appliqué, dont l’auteur emprunte le motif dans certains cas à la nature, dans d’autres cas aux livres qu’il a lus. C’est ici que l’étude des sources de Vigny est particulièrement instructive. Si on avait la patience de relever et de cataloguer toutes les comparaisons dont il s’est servi, On s’apercevrait que beaucoup d’entre elles lui ont été suggérées par d’autres poètes. Fait sur le seul poème d’'Héléna, ce travail un peu ingrat de statistique montre que dans une douzaine de cas, sur vingt, il faut restituer à Chénier, ou à Millevoye, ou à Chateaubriand, ou à Byron, qui eux-mêmes, à l’occasion, l’avaient empruntée à d’autres, sinon la teneur intégrale, au moins l’idée première de la comparaison développée par Vigny. On dira qu'il s’agit d’une œuvre de jeunesse et d’une œuvre manquée, d’une improvisation d’un débutant qui calque les procédés des maîtres et pousse parfois l’imitation jusqu’à la copie. Mais la méthode n’est pas différente dans Eloa, qui passe à juste titre pour un des chefs-d’œuvre
e ° ! } ù AU de l’auteur. Ici encore, sous le nom de Vigny, c'est, à peu
près dans la même proportion que ci-dessus, du Chénier
que nous lisons, et du Byron, et du Chateaubriand, à
moins que ce ne soit du Milton, de l’Ossian ou du Moore.
Sans doute l’image est tantôt abrégée et tantôt développée, tantôt simplifiée et tantôt enrichie, ou complétée, ou
contrariée, ou retournée. Mais à plusieurs reprises elle est reproduite avec une fidélité qui fait plus d’honneur à la mémoire du poête qu’à son génie inventif. En veut-on un exemple typique ? Donnant à Satan son autre nom de Lucifer, celui qu'il portait avant la chute, Vigny allusion à l’étoile matinale,
Diamant radieux que sur son front vermeil Parmi ses cheveux d’or a posé le soleil.
C'est, mis en deux vers, un lambeau de phrase retenu
des Martyrs :
L’astre humide et tremblant qui précède les pas du matin, cette autre planète qui paraît comme un diamant dans la chevelure d’or du soleil.
On pourrait, dans toute l’œuvre de Vigny, et aussi bien dans les Destinées que dans les Poèmes A ntiques et Modernes, trouver matière à des rapprochements aussi concluants.
Le dernier en date, et non le moins significatif, serait fourni | par une strophe des Oracles. Le poète accuse les survivants :
du régime de Juillet d'avoir, en se grisant de leurs propres
paroles, perdu le sens des réalités, et, comme on l'avait « déjà reproché à d’autres, de n’avoir rien appris de l’expé-
rience ni rien oublié de leurs rancunes et de leurs petitesses:
Vous avez conservé vos vanités, vos haïnes, Au fond du grand abîme où vous êtes couchés, Comme les corps trouvés sous les cendres romaines, Debout, sous les caveaux de Pompéia cachés,
der
ee 2 PONS pe