‹ Alfred de Vigny, sa pensée et son artChapitre 112 sur 128 · LIVRE SECOND — l'aRT · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND — l'aRT

d'une forme dont les lois sont empruntées à la plus noble tradition artistique de l'humanité.

Les lois, mais non pas toujours, non pas même ordinairement les lignes et les couleurs. Une des originalités d'Alfred de Vigny, c'a été, tout en usant de ses matériaux et de ses modèles selon la tradition classique, de les aller chercher presque exclusivement en dehors de cette tradition. Remarquablement doué comme penseur, moins heureusement doué, il faut bien en convenir, comme poète, réduit à attendre de ses lectures le choc initial ou la vision génératrice, il a demandé à des sources moins épuisées que la source antique, parce qu'elles étaient plus récemment ouvertes, de féconder son imagination et de l'enrichir. C'est en raison de cette préférence hautement accordée à des maîtres choisis ailleurs que dans Athènes ou dans Rome, à la Bible, à Shakespeare, à Milton, à Ossian, à Byron, qu'il se classe parmi les romantiques. Mais les procédés par lesquels il met en œuvre la matière qu'il leur emprunte n'ont rien que l'art le plus classique ne puisse avouer, je dirai même où il ne se reconnaisse. Le jour où l'on s'avisera d'écrire sur « le classicisme des romantiques » une étude parallèle à celle qui fut jadis écrite sur « le romantisme des classiques », le critique qui se donnera cette tâche ne manquera pas sans doute, dans le développement de son sujet, de réserver une belle place à l'œuvre poétique d'Alfred de Vigny.

Page 1