LIVRE SECOND — l'aRT
attardé d'une tradition dépassée, il ne put s'empêcher de dire un mot de ceux dont la jeune gloire avait fait rentrer dans l'ombre les derniers tenants de l'école classique, de ses anciens amis et « frères d'armes », de cette génération « novatrice, sérieuse et passionnée », — ce sont ses mots, — à laquelle il avait appartenu et parmi laquelle il réclamait sa place. Il retraça en une page qu'il ne faut pas manquer de citer, l'histoire du romantisme français, envisagée dans ses grandes lignes et ramenée à ses points essentiels par l'esprit le plus philosophique que le romantisme français eût produit :
Un esprit nouveau s'était levé du fond de nos âmes. Il apportait raccompllssement nécessaire d'une réforme déjà pressentie depuis des siècles : jetée en germe par le christianisme même sur le sol français de la poésie, dès le Moyen Age ; soulevée, de siècle en siècle, par des précurseurs toujours étouffés ; remuée encore et à demi formée en théorie sous le règne de Louis XIII ; annoncée depuis et dévoilée par de magnifiques lueurs sorties de quelques grandes œuvres de plus en plus rapprochées de la nature, de la vérité dans fart et du génie réel de notre nation, c'était dans notre âge que cette réforme pacifique devait éclater.
... Depuis peu d'années la paix régnait avec la Restauration. Tout semblait pour longtemps immobile. Il se trouva quelques hommes, très jeunes alors, épars, inconnus l'un à l'autre, qui méditaient une poésie nouvelle. — Chacun d'eux, dans le silence, avait senti sa mission dans son cœur. Aucun d'eux ne sortit de sa retraite que son œuvre ne fût déjà formée. Lorsqu'ils se virent mutuellement, ils marchèrent l'un vers l'autre, se reconnurent pour frères et se donnèrent la main... — Leurs œuvres se multiplièrent. — Dans ce champ libre nouvellement conquis, chacun prit la voie où l'appelait l'idéal qu'il poursuivait et qu'il voyait marcher devant lui.
Soit que les uns aient donné leurs soins au colorisxt^à la forme pittoresque, aux nouveautés et au renouvellement du rythme, soit que d'autres, épris à la fois des détails savants de l'élocution et des formes du dessin le plus pur, aient aimé par-dessus tout à renfermer dans leurs compositions l'examen des questions sociales et des doctrines psychologiques et spiritualistes, il n'en est pas moins vrai que tout en conservant leur physionomie particulière et leur caractère individuel, ils marchèrent tous, du même pas, vers le même but et que leur rénovation fut complète sur tous les points. — Le nom qui lui fut donné était depuis longtemps français, et puisé dans les origines de notre langue Romane ; il avait toujours exprimé le sentiment mélancolique produit dans l'âme par les aspects de la nature et des grandes ruines, par la majesté des horizons et les bruits indéfinissables des belles solitudes.
La Poésie Epique, Lyrique, Elégiaque, le Théâtre, le Roman reprirent une vie nouvelle et entrèrent dans des voies où la France n'avait pas encore posé son pied. Le style qui s'affaissait fut raffermi. — Tous les genres d'écrits se transformèrent, toutes les armures furent retrempées ; il n'est pas jusqu'à l'Histoire, et même la Chaire sacrée, qui n'aient reçu et gardé cette empreinte.
Les arts ont ressenti profondément cette commotfon électrique...
A ces marques certaines, le pays a reconnu et proclamé par ses sympathies l'avènement d'une Ecole nouvelle.
En effet, dans les œuvres d'art, tout ce qui passionne aujourd'hui la Nation a puisé la vie à ses sources. Il est arrivé que ceux qui semblaient combattre l'innovation pressaient involontairement sa marche, et, lors même que des réactions ont été tentées, elles n'ont eu quelque succès qu'à la condition d'emprunter les plus essentielles de ses formes.
Ces vues générales sur la nature et le développement