LIVRE SECOND — l'aRT
de Vigny. Rigueur de la composition, d'une part, valeur symbolique, ou, si l'on aime mieux, signification idéale, de l'autre, tels sont les deux mérites éminents qu'une œuvre doit offrir, pour être vraiment digne d'être appelée une œuvre d'art. Il reste à examiner si Vigny a porté dans la pratique ces vues profondes sur la littérature, à quels procédés il a eu recours pour les réaliser, jusqu'à quel point il y a réussi. Mais dès maintenant il faut noter avec quelle ferveur il parle de Racine, avec quelle vénération quasi religieuse il élève, sans même oser prononcer son nom, le plus pur représentant de l'art classique français au-dessus de Corneille et de Molière, au-dessus des Grecs, au-dessus de Shakespeare, et le sacre le maître des maîtres. On a souvent rappelé, depuis Sainte-Beuve, les ancêtres que Vigny a eus à l'étranger ; on a parlé moins souvent de ceux qu'il a incontestablement chez nous. Ce serait une étude intéressante, et dont le résultat, je crois, payerait de la peine, que de rechercher en détail et de regarder à fond ce que l'art de Vigny doit à celui de l'auteur de Phèdre et de l'auteur d'Athalie. Il ne peut être question de l'entreprendre ici. Mais il n'était pas inutile, même sans pouvoir le poursuivre, d'esquisser le rapprochement. Il explique bien des choses. Il explique notamment la liaison de l'art classique avec la pensée moderne. Il explique aussi à quoi les productions les mieux venues d'Alfred de Vigny doivent cette beauté solide, cette pureté de lignes et ce poli indestructible à quoi se reconnaissent les chefs-d'œuvre.