‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 100 sur 199 · Servitude, etc · texte numérisé non relu

Servitude, etc

seulement humbles, mais souvent sinistres, où ne s'exerce sincèrement que l'art de bien souffrir et de bien mourir, bref la plus complète et la plus aveugle immolation de tout l'être à l'idéal invisible'. « Je compris, dit le pur héros militaire, qu'il n'y avait qu'une chose plus belle que la famille et à laquelle on peut saintement l'immoler ; c'était l'autre famille, la Patrie. » « La Patrie est un être idéal que je n'ai fait qu'entrevoir, mais que je sers en esclave et qui augmente pour moi de rigueur à mesure que je deviens plus nécessaire. « « L'amour de la Patrie est assez grand pour remplir tout un cœur et occuper toute une intelligence ^. »

Or cette conception exaltée du « devoir sacré » a son nom : c'est l'Honneur. L'Honneur, c'est la religion du soldat. Pourquoi l'Honneur ne serait-il pas la religion de tout homme de cœur? « Une vitalité indéfinissable anime cette vertu orgueilleuse qui se tient debout au milieu de tous nos vices, s'accordant même avec eux au point de s'accroître de leur énergie. » « Tantôt il porte l'homme à ne pas survivre à un affront, tantôt à le soutenir avec un éclat et une grandeur qui en réparent et en effacent la souillure. D'autres fois, il sait cacher ensemble l'injure et l'expiation ^ En d'autres temps, il invente

1; Servitude, etc., iOO, 98, 28, 40, 41, 343, 106, 201, 304.

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