‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 108 sur 199 · I. — L'Épouse · texte numérisé non relu

I. — L'Épouse

A voir les choses de ce point de vue positif, on ne saurait nier qu'après l'infélicité de sa naissance le plus grand malheur de Vigny fut son mariage avec Lydia Bunbury : le poète ne trouva en cette alliance fortuite ni l'indépendance matérielle, ni le commerce intellectuel, ni Tunion intime, ni même le calme .d'esprit qu'il espérait; ce fut, à part les belles qualités morales qui s'y développèrent, un irréparable désastre.

•• submergé » par un océan {Journal, 1824). Dans la « tragédie ■., dit-il, en 1829, « je veux représenter toujours la destinée cl l'homme, tels que je les conçois : l'une emportant comme la mer, et l'autre grand, parce qu'il la devance ou grand parce qu'il lui résiste. - (Journal, 40.) C'est l'image qui persiste dans La Bouteille à la mer. Puis, peu à peu, sous l'influence de Pascal peut-être (Pensée, art. VI, 7) et de sa propre description de Saint-Lazare dans Stello, le sort de l'homme lui semble plus semblable à celui d'impuissants prisonniers entièrement livrés à la merci de leur geôlier. Enfin, dans les Destinées (1840), plus sinistre encore apparaît le lot humain : chaque homme est la proie d'une impitoyable troupe de génies cruels et malfaisants. La cruelle maladie qui le terrasse lui apparaît finalement comme <• l'aigle de Prométhée - acharné sur ses entrailles. Ce métaphorique crescendo d'horreurs indique assez en Vigny la croissante exaspération de son pessimisme.

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